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Chantal Brunel

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lundi 21 décembre 2009 16:25

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DVD : Sélection de Noël

par Bruno Icher, Didier Péron, Gérard Lefort, Stéphanie Estournet

tag : sélection

Paramatta, bagne de femmes de Sirk Douglas. DR

Du sirk aux larmes

Un coffret rassemble quatre œuvres du maître du mélodrame hollywoodien.

Coffret Douglas Sirk Volume 3.
Carlotta, 39,99 euros

Avant d’américaniser son patronyme en Douglas Sirk, le maestro du mélo hollywoodien s’appelait Detlef Sierck, né le 26 avril 1900 à Hambourg. Mais il n’y a pas que sa vie qui commence en Allemagne. Dès 1934, au sein de la compagnie berlinoise UFA, Sirk (venu du théâtre) va réaliser une douzaine de films qui lui vaudront d’être un des cinéastes les plus populaires du moment. Réédités par Carlotta, quatre films de cette période nous rappellent que, déjà, Douglas perçait sous Detlef.

Si La Habanera et Paramatta, bagne de femmes (1937) sont réputés, la Fille du marais et les Piliers de la société sont, par contre, de vraies résurrections. La Fille du marais, dans un style frôlant le Dreyer de Ordet (Sirk était d’origine danoise), narre le combat d’une fille mère contre une fratrie de paysans obtus. Les hommes y sont odieux ou empotés, quand les femmes déploient des trésors de résistance et de solidarité. Tourné en extérieurs, la Fille du marais est une symphonie de lumières climatiques à l’aune des sentiments.

Adapté d’Ibsen, les Piliers de la société est un peu plus patapouf dans sa dénonciation des vilenies d’un micromonde (un port de pêche norvégien). Et sa distribution est physiquement écrasée par la performance pachydermique de Heinrich George (dans le rôle du fourbe armateur), qui allait devenir une star du cinéma nazi (le Juif Süss). Mais c’est dans ce film que Sirk rôde sa grammaire mélodramatique : fidèle ou impossible, l’amour est une chimère.

Dans ce registre, Paramatta et La Habanera, fantaisies exotiques, sont deux chefs-d’œuvre irradiés par la star Zarah Leander, chaînon manquant entre Garbo et Dietrich. Visage de glace et tempérament de feu. « Une très grande féminité, mais derrière, elle était comme un mec », commente Sirk dans un bonus. Et une assurance nonchalante que Sirk dit avoir retrouvée à Hollywood chez George Sanders.

Sinon, il n’est pas interdit de fondre en larmes quand Leander chante : « Seule sous la pluie, je t’attends. »

« Brüno », sadique

Brüno de Larry Charles
Sony Pictures, 20 euros.

Survendu comme le film comique de l’année à sa sortie en salles, Brüno est un immense malentendu. Pour se livrer à son jeu de massacre féroce, Sacha Baron Cohen (ex-Ali G, ex-Borat) a inventé une créature de fashionista autrichien gay antisémite à la recherche de la denrée rare de l’époque : la célébrité. Tous ceux qui croisent son chemin en prennent plein la gueule, depuis les stars sur le retour (La Toya Jackson en perdition) jusqu’aux pasteurs américains qui incitent les gays à se convertir en hétéros en passant par les bouseux d’une salle de catch de l’Arkansas ou le public majoritairement noir d’un talk-show texan. A ne pas manquer, les nombreuses scènes coupées aussi violentes et glaçantes que le film lui-même.

« Lady yakuza », sanguine

Lady Yakuza, la Pivoine rouge
Série intégrale, coffret numéroté limité à 1 500 exemplaires, livrets et reproductions d’affiches
HK Video Seven 7, 150 euros.

Héritière du clan yakuza, Oryu la Pivoine rouge (Junko Fuji) est une femme pondérée, qui entend faire respecter les règles du milieu. Doublement marquée par le deuil - son père a été assassiné - et la rupture d’une promesse de mariage, elle entame au premier épisode de cette série - qui en compte huit - une phase d’initiation qui la mènera dans un univers toujours plus violent et sanglant. Mais qui fera d’elle une icône populaire, femme modeste mais forte dans l’univers éminemment masculin du ninkyo eiga (« film de chevalerie »). Créé en 1968, Lady Yakuza, comme son cousin Ogami Itto et son Baby Cart, est un de ces extraterrestres du cinéma japonais, entre classicisme et pop.

Ponyo, subtil

Ponyo sur la falaise
Studio Ghibli, DVD et Blu-ray. 24,99 euros.

Ponyo sur la falaise a été conçu par le génial Hayao Miyazaki comme un retour aux sources : abandonner l’outil numérique, dessiner manuellement les planches mais en s’affrontant, de surcroît, à l’un des éléments les plus difficiles à représenter, à savoir la mer. « Dessiner les vagues est un défi vraiment difficile. Il y a différents types de vagues : celles qui s’abîment sur la plage, celles qui composent les tempêtes… », explique Miyazaki. L’histoire de la rencontre entre le petit garçon courageux Sôsuke et la princesse-poisson « kawai » (mignonne), Ponyo touche à une forme de perfection. Le sentiment de familiarité immédiate du décor et des personnages (enfants et adultes) est traversé par la furie fabuleuse d’un lyrisme bleuté. Un cadeau indispensable.

Fritz lang, selector

Jeux de Lang
Coffret Wild Side, 39 euros.

L’objet concocté autour de la Femme au portrait (1944) et la Rue rouge (1945), deux Fritz Lang, est une petite merveille. Le cinéaste les a tournés consécutivement, employant les mêmes comédiens (Edward G. Robinson, Joan Bennett, Dan Duryea) dans des schémas de rôles presque identiques, bien que les deux scénarios n’aient rien à voir l’un avec l’autre. Dans les deux films, un homme entre deux âges, une femme fatale, un malentendu, un amour voué à l’échec, l’art pictural et une conclusion de pur film noir. Le coffret vaut autant pour les deux films que pour le livret, signé Jean Ollé-Laprune, qui raconte la petite et la grande histoire de cette curieuse œuvre bicéphale, sans oublier de copieux suppléments et le scénario original des deux films (dont celui de la Rue rouge annoté par Fritz Lang), des notes de tournage et un story-board de la Femme au portrait. Cet objet cinéphilique est le premier d’une série. L’éditeur Wild Side annonce la sortie en 2010, sur le même principe de la Chevauchée des bannis d’André de Toth, la Forêt interdite de Nicholas Ray, le Convoi sauvage et le Fantôme de Cat Dancing de Richard Sarafian et de l’Invraisemblable vérité de Fritz Lang avec des textes de Philippe Garnier.

Et aussi...

Parmi les innombrables coffrets et autres éditions ultra collectors de Noël, le choix est devenu cornélien. A retenir, entre autres, un coffret Terreurs d’Espagne avec huit films d’épouvante de la jeune garde ibérique dont l’Orphelinat de Juan Antonio Bayo, et le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro (Wild Side, 39 euros).

Dans un genre radicalement différent, le coffret Etre psy, somme d’entretiens de Jérôme Blumberg et Daniel Friedmann avec des praticiens de renom (Elisabeth Roudinesco, Isi Beller, André Green…) traite de l’impact de la psychanalyse sur notre culture (Edition Montparnasse, 14 DVD, 70 euros).

Plus consensuel, du moins en apparence, le dernier film du studio Pixar, Là-haut , premier film d’animation destiné au succès mondial dont le héros est un vieillard atrabilaire. En plus, c’est l’occasion de le voir en version originale (Walt Disney Home Entertainment, 20 euros).

Passé injustement inaperçu en salles cet été, Bronson de Nicolas Winding Refn, est une petite bombe de férocité à partir de l’histoire du détenu le plus dangereux d’Angleterre. Le bonus revient sur le travail de l’acteur Tom Hardy qui livre une composition stupéfiante (Wild Side, 20 euros).

Dans la foulée de l’exposition qui lui a été consacrée au Jeu de Paume, Federico Fellini est examiné sous toutes les coutures dans le remarquable Fellini au travail (Carlotta, 20 euros), une somme documentaire sur le maître italien dans l’intimité de ses tournages et par le truchement de documents inédits.

À part ça, il reste les inévitables séries (généralement américaines) qui permettent aux réfractaires du rendez-vous télévisuel de s’envoyer une saison entière d’un seul coup. Cette année, parmi les nouvelles venues, nos préférences vont vers True Blood d’Alan Ball, variation sur le thème des vampires dans le Sud profond (Warner, 40 euros), Sons of Anarchy de Kurt Sutter, transposition d’Hamlet chez un gang de bikers californiens (Fox Pathé Europa, 40 euros) et l’épatante En analyse créée par Hagai Levi pour HBO sur un psychanalyste new-yorkais incarné par Gabriel Byrne (Warner, 40 euros).

Paru dans Libération du 19 décembre 2009


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