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vendredi 11 février 2011 13:21

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Daniel Domscheit-Berg, pirate anarchiste et idéaliste

par Thomas Schnee

tag : WikiLeaks

CC andygee1

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Fuites sur les secrets de WikiLeaks

Dans un livre que Libé a lu en avant-première, Daniel Domscheit-Berg, ex-bras droit d’Assange, décrit un site structuré « sur le modèle de la scientologie ».

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Malgré toutes leurs différences, l’Allemand Daniel Domscheit-Berg est porteur du même paradoxe que l’Australien Julian Assange. Tous deux défendent la publication illégale de données secrètes et luttent pour « l’ouverture et la transparence des systèmes fermés ». Mais tous deux maintiennent un écran de fumée sur leur parcours et leurs motivations profondes. Ce qui n’a rien d’étonnant quand on est, comme Daniel Domscheit-Berg, spécialiste de la sécurité des réseaux informatiques et cryptographe patenté. Son mariage, l’été dernier, avec Anke Domscheit, n’a pas contribué à clarifier les pistes. Cette charmante enfant de la RDA, sympathisante des mouvements citoyens qui ont fait tomber le Mur de Berlin, a certes été récompensée pour son action en faveur des femmes au travail. Mais elle est aussi connue pour ses activités de lobbysme en faveur d’une « administration transparente » auprès du gouvernement allemand. Cela pour le compte de Microsoft Allemagne, société dont WikiLeaks a justement publié un manuel interne qui prêche la coopération avec les polices du monde entier !

Jusqu’en septembre dernier, Daniel Domscheit-Berg s’est dissimulé sous le pseudonyme de Daniel Schmitt. Pendant près de trois ans, cet échalas de 32 ans, généralement drapé de noir et paré d’une barbe de trois jours, a été présenté comme le porte-parole de WikiLeaks. En fait, c’est grâce à lui que la plate-forme technique de l’organisation a pu fonctionner et défendre ses secrets. Daniel Domscheit-Berg a cependant commis une erreur de taille. Celle de croire un moment que WikiLeaks, c’était lui et Assange. Ce dernier, de plus en plus méfiant au fur et à mesure que la célébrité et les attaques augmentaient, a donc décidé de se passer des services de ce prétendant trop critique. Domscheit-Berg, qui a finalement avoué son vrai nom au détour d’une interview, a repris le chemin de Berlin afin de poursuivre la lutte, entouré de ses amis du Chaos Computer Club (CCC), un groupe de hackers de haut vol qui luttent sur tous les fronts pour la liberté de l’information sans condition.

C’est au siège du CCC, dans la Marienstrasse, que l’aventure WikiLeaks a commencé pour lui. Originaire de la région de Francfort, diplômé d’informatique et plusieurs annéesconsultant en entreprises, il a vite été séduit par les idéaux du groupe d’activistes : « Je suis anarchiste. Ce que je souhaite, c’est une société où aider les plus faibles serait une évidence, pas une société où tout le monde se marche dessus », affirme-t-il. A ce titre, WikiLeaks n’a pas manqué de le fasciner. Pour lui, la plate-forme n’est pas moins qu’un « mécanisme correcteur qui permet de bloquer et lever la censure sous toutes ses formes, qui assure la préservation numérique des données et permet de garantir les droits de l’homme ». C’est logiquement dans un congrès du CCC, en 2007, qu’il rencontre Julian Assange avec qui il correspond déjà. « Domscheit-Berg est un vrai idéaliste. Mais contrairement à Assange qui est plutôt chaotique, il est extrêmement structuré et a besoin que les choses soient sous contrôle. C’est un ingénieur allemand », explique un observateur qui le fréquente.

Si Assange et Domscheit-Berg défendent globalement les mêmes idéaux, leur manière de procéder est diamétralement opposée. C’est ce qui conduit à la rupture : « A partir de la publication de la vidéo "Collateral Murder", la popularité et le travail de la plate-forme ont explosé. On aurait dû revoir toute l’organisation technique, les processus de décision, la répartition des responsabilités », explique Daniel Domscheit-Berg qui condamne ouvertement la politique de surenchère de Julian Assange, plutôt ravi de faire des étincelles en roulant à tombeau ouvert.

 

Si la voix et le regard de Daniel Domscheit-Berg sont doux, la détermination de ses propos et le soupçon d’impatience qui perce dans son ton révèlent le bouillonnement qui l’anime. Il est convaincu du bien fondé de ses positions et entend les mettre en œuvre dans OpenLeaks, une plate-forme Internet qu’il vient de lancer. « Une plate-forme pour donner l’alerte est une instance neutre qui doit se considérer comme un simple prestataire de service. Nous fonctionnons comme un service public », précise-t-il. L’avenir de l’humanité, il l’envisage avec des centaines de WikiLeaks indépendants, présents à tous les niveaux, dans tous les secteurs et tous les pays de la planète.

Paru dans Libération du 10/02/2011


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