lundi 7 décembre 2009 19:44
Dans l’abîme d’un « Parcours meurtrier »
par Isabelle Hanne
Sur le tournage de « Parcours meurtrier »... au palais de justice de Tours, le 17 octobre. Photo Vincent Nguyen - Riva Presse
Parcours meurtrier d’une mère ordinaire : l’affaire Courjault
Gare à ceux qui voudraient ranger ce film dans le tiroir exigu du docu-fiction. Certes, Parcours meurtrier d’une mère ordinaire : l’affaire Courjault mélange images du réel - les couloirs du tribunal de Tours, les journalistes sur le pied de guerre, les témoignages de proches et d’avocats, avec les images de fiction- les débats lors du procès de Véronique Courjault qui n’ont pu être filmés. Mais ici, pas d’entretiens pénibles entrecoupés de reconstitutions ingrates, comme le veut souvent le genre. Le film de Jean-Xavier de Lestrade (oscarisé en 2002 pour Un coupable idéal) joue habilement des mises en abyme et des effets miroirs. Loin de se contenter de raconter le procès de Véronique Courjault pour triple infanticide, le film nous emmène dans les assises de Tours et nous assoit tantôt au premier rang, tantôt à la barre, tantôt dans le box des accusés. Là où, six mois plus tôt, Véronique Courjault était condamnée à huit ans de prison. Le film s’ouvre sur le tourbillon des JT qui découvrent « l’affaire des bébés congelés ». Mêmes images, même incompréhension. Vient le premier jour de l’audience et le film bascule dans la fiction sans que nul ne s’en aperçoive. Cette femme, le nez collé à la vitre de la voiture qui roule vers le tribunal, c’est la comédienne Alix Poisson, exceptionnelle. L’ombre et le double de Véronique Courjault. A son arrivée, elle est accueillie par la meute des journalistes, la vraie cette fois, filmée en juin. Un magistral tour de passe-passe qu’accomplit le film. Avec ces champs et contrechamps très habiles, on en oublie de chercher à distinguer le réel du fictif. La partie fiction, le réalisateur l’a abordée « comme un documentaire ». Deux sténos ont pris en note l’intégralité des débats du procès Courjault - dans le film, ce sont les mots exacts du procès. « Il fallait restituer la parole de Véronique Courjault », affirme Lestrade qui, avec une partie de son équipe, a aussi assisté aux audiences, notant les attitudes, les silences, les pleurs… Ainsi, on retrouve à la barre le frère de Véronique Courjault, le rugueux Thierry Fièvre (joué par Pierre Baux) qui raconte que dans la famille, « les naissances n’étaient ni annoncées ni célébrées ». La prévenue, le souffle court, qui répète que ses bébés, elle ne pouvait « pas les mettre à la poubelle ». Privilège de la fiction : pouvoir montrer ce procès à travers les yeux de l’accusée, en caméra subjective. Comme ce plan magnifique où l’on ne voit que le reflet de son visage sur la vitre du box des accusés. Le réalisateur voulait « approcher le mystère Véronique Courjault ». Mais se défend d’avoir cherché à la « réhabiliter ». Et pour éviter que la diffusion du film ne coïncide avec sa sortie de prison, l’équipe a mis les bouchées doubles : il s’est écoulé seulement un mois entre la fin du procès et le choix des 18 acteurs. « Je voulais rendre racontable cette histoire insensée et pourtant chargée de sens, affirme Lestrade. Sans coller à Véronique Courjault l’étiquette déresponsabilisante du déni de grossesse, ni celle de monstre. Car c’est refuser de voir que son histoire nous concerne tous, et profondément. » Paru dans Libération du 7 décembre 2009
de Jean-Xavier de Lestrade
France 3, ce soir à 20 h 35.
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