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mercredi 5 septembre 2007 11:16

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Dans l’île aux enfants, c’est pas tous les jours le printemps

Aux Etats-Unis, « Kid Nation » met en scène des mineurs livrés à eux-mêmes et suscite la polémique.

par Philippe Grangereau

tags : politique , enfants , télé-réalité

Extrait de « Kid Nation ». DR

Washington, de notre correspondant

Dans le monde surréaliste de la téléréalité, on n’avait pas encore essayé ça. La chaîne américaine CBS doit diffuser le 19 septembre, le premier épisode de Kid Nation soit 40 enfants livrés à eux-mêmes dans une ville-fantôme du Nouveau-Mexique, la bien nommée « Bonanza » (le filon). A en juger par la bande-annonce, les enfants, du pitchoun de 8 ans à l’ado de 15 ans, ont été choisis pour leur physique. Leur mission  : « bâtir une société sans adultes », façon Sa majesté des mouches.

Ils doivent s’acquitter des tâches les plus ingrates (tirer l’eau du puits, nettoyer les fosses d’aisance, etc.). Mais les corvées ne sont pas également réparties. Les enfants sont divisés en quatre classes sociales, comme les castes hindoues  : travailleurs, cuisiniers, commerçants, haute société. Des épreuves permettent de changer de statut social. Les mômes de cette Kid Nation élisent leurs représentants à bulletin secret, et votent parfois à main levée. Ce savant mélange de « démocratie » et de division inégalitaire du travail nourrit l’effet ­dramatique que CBS entend entrecouper de pubs bien lucratives. A la fin de chaque épisode, le conseil de la Kid Nation vote pour désigner le gagnant d’un prix  : une étoile en or d’une valeur de 20 000 dollars (environ 14 800 euros). « Ça va payer une bonne partie de tes études », explique un adulte (car il y en a malgré tout) à un groupe de gosses émerveillés dans la bande-annonce .

Dans le genre éculé de la téléréalité, ce nouvel avatar puéril commence cependant à faire polémique. Une mère a accusé les producteurs d’« abus et négligence » après que sa fille de 12 ans se soit brûlé le visage en faisant la cuisine durant le tournage, qui a duré quarante jours durant les mois d’avril et de mai dernier. D’autres parents ont accusé le producteur d’avoir fait travailler leurs rejetons jusqu’à quatorze heures par jour, violant ainsi le code du travail.

Les autorités judiciaires du Nouveau-Mexique ont diligenté une enquête et on découvert que les contrats signés par les parents, qui avaient sans doute mal lu, autorisaient de tels excès. Ces contrats désengagent en outre la responsabilité de la production en cas d’« imprévus pouvant causer de graves blessures, des maladies ou la mort, tels que noyades, chutes, rencontres d’animaux sauvages, maladies sexuellement transmissibles, virus du ­sida ou grossesse ». Bien que les ­enfants soient payés 5 000 dollars (3 700 euros), la production estime qu’il n’y a pas d’infraction au code du travail car les ­enfants ne « travaillaient pas » et ne faisaient que « participer » à l’émission, « en fixant eux-mêmes leurs propres horaires ». Les 5 000 dollars ne seraient pas un « salaire » mais un « traitement », selon la production, qui est allée très loin pour museler parents et enfants  : une clause du contrat, rempli de finasseries, impose la « confidentialité », sous peine d’une amende de 5 millions de dollars (4 millions d’euros).

Le puissant syndicat des acteurs (Screen Actors Guild), pourfendeur de la téléréalité, s’est greffé sur la polémique cette semaine en affirmant que les enfants auraient été protégés s’ils avaient été engagés sous son égide. Pour les producteurs, l’intérêt est justement d’éviter de payer le tarif syndical des comédiens. Les syndicats d’acteurs, affirment, eux, que les enfants ont souvent eu à dire des textes et à répéter des scènes. Ce débat sur l’ « exploitation des enfants » par CBS fait désormais hésiter les annonceurs, des ­person­nalités ont demandé sa déprogram­­mation, et le Nouveau-Mexique a interdit le tournage de la deuxième saison.


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