vendredi 29 août 2008 11:23
Dans le viseur
par Olivier Séguret
tags : univers persistants , world of warcraft , économie , GTA , Moi jeux
Dans la torpeur (mouillée) de l’été, l’industrie du jeu ne prend aucun repos. Faire le bilan, en cette rentrée, de tous les événements, petits et grands, survenus dans ce secteur, qui demeure en toutes saisons tachycardiaque, serait vain. Mais on peut signaler quelques balises susceptibles d’ouvrir deux ou trois pistes de réflexion. Il y a d’abord cette trêve provisoire annoncée, et signée devant avocats, entre Take-Two et Electronic Arts (EA). En se proposant de racheter le premier (éditeur de Rockstar Games et donc de GTA IV, dont les chiffres de vente ont fait sauter la banque), le second espère reconquérir sa place de numéro 1 mondial du jeu vidéo, que lui a récemment chipé Activision en épousant Blizzard-Vivendi. Mais Take-Two ne veut pas de EA et n’a cessé de faire monter les enchères, en pure perte pour le prédateur, un peu à la manière du bras de fer entre Yahoo ! et Microsoft. EA ne renonce pas mais met ses exigences (et son OPA) entre parenthèses jusqu’au prochain round, l’essentiel des négociations se déroulant désormais dans le secret des états-majors. Symptomatique aussi, la croissance du marché européen, qui se hisse désormais au niveau de celui de l’Amérique du Nord et le dépassera durablement, selon toute probabilité. Cette domination nouvelle n’est pas que symbolique : elle détermine aussi politiques éditoriales et plannings de sorties ; elle se lit également dans la concurrence ravivée que se livrent des shows professionnels tels que l’E3 américain et la Games Convention de Leipzig ; on en trouve aussi la trace dans l’extraordinaire ascension d’un studio comme le français Ubisoft, sans doute le grand vainqueur mondial des saisons écoulées en termes d’images auprès des gamers du globe, comme en termes d’activité industrielle et de respect professionnel acquis. En contrepoint à cette agitation officielle, une étude de l’université de Manchester est venue jeter le trouble. On y mesure l’essor de l’économie souterraine du jeu, cette activité, appelée en américain « gold farming », qui consiste pour les joueurs des pays riches à délocaliser dans les pays pauvres la production de biens virtuels auxquels certains jeux en ligne les contraignent. Longtemps perçue comme un pittoresque folklore libéral, cette économie pourrait aujourd’hui représenter 1 milliard de dollars et concerne des centaines de milliers de travailleurs. Asiatiques... Très mal payés... Pour notre bon plaisir de joueur... Bonne rentrée à tous.
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