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jeudi 29 novembre 2007 15:14

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Dans les entrailles d’Isis

Le nouveau réseau de communication interne du gouvernement code et transmet les messages classés confidentiel défense. Visite au central, enterré sous les Invalides.

par Jean-Dominique Merchet

tags : politique , sécurité

Dessin François Ayroles

C’est l’un des endroits les plus secrets de Paris. Muni de toutes les autorisations, on n’y pénètre qu’escorté par deux gendarmes. Le Centre de transmissions gouvernementales (CTG) est installé « quelque part » sous les Invalides. A sept mètres sous terre, une fois deux portes blindées franchies, un long couloir peint en jaune donne sur des bureaux vitrés. Devant leurs écrans, beaucoup de militaires travaillent, tous habillés en civil. C’est le central téléphonique du gouvernement, par lequel transitent les communications les plus confidentielles.

Depuis un an, un réseau intranet a été ajouté au téléphone. L’existence d’Isis (Intranet sécurisé interministériel pour la synergie gouvernementale) vient d’être rendue publique par Francis Delon, numéro 1 au Secrétariat général de la défense nationale (SGDN), un organisme dépendant du Premier ministre.

Dans un bureau du CTG, huit administrateurs de réseau se relaient pour assurer le fonctionnement d’Isis. Rien de spectaculaire au premier coup d’œil. Des micro-ordinateurs noirs, en vente dans le commerce. Il y en a déjà 200 dans tout Paris, répartis sur une dizaine de sites et à peine 400 personnes y ont accès. Pour ouvrir Isis, chacune d’elle possède une carte à puce qu’il faut introduire dans un lecteur, un code confidentiel et un mot de passe. Sur la première page, une petite icône précise quel est le niveau d’alerte du plan Vigipirate, actuellement rouge.

Tout ce qui y circule est classé confidentiel- défense. Isis est à la fois une messagerie (prénom.nom@isis.fr) et un portail de partage de l’information. « C’est un outil de travail quotidien pour le traitement des informations classifiées et un outil de conduite de l’action gouvernementale lors d’une situation de crise », explique Francis Delon. L’Elysée, Matignon, la Défense, l’Intérieur, la DGSE ou les hauts fonctionnaires de défense dans les grands ministères y sont connectés. L’ordinateur utilisé pour Isis lui est entièrement « dédié », c’est-à-dire qu’il n’est utilisé que pour cette connexion. Une fois branché, le haut fonctionnaire n’aura accès qu’à ce qui le concerne directement. C’est l’application du principe du « besoin d’en connaître », en vigueur dans les services de renseignement. « Non seulement l’utilisateur n’a pas accès à tout le contenu, explique un responsable du CTG, mais il n’a pas moyen de savoir à quoi il n’a pas accès… »

Lancé dans la plus grande discrétion en novembre 2006, Isis est toujours en phase d’installation. L’an prochain, il devrait y avoir 800 utilisateurs et à terme plusieurs milliers, tous habilités au confidentiel-défense. Des terminaux devraient être installés en province, lorsque les problèmes de câblages auront été résolus. Isis utilise en effet un réseau de fibres optiques déjà installé. « Mais elles ont été soudées aux points de connexion pour que personne ne puisse y pénétrer », explique Hélène Brisset, la jeune responsable de ce projet. Et si un espion venait mettre une « bretelle » sur ces fibres optiques dans les égouts de Paris  ? « Techniquement, c’est compliqué. Et en plus, il ne récupérerait que des données cryptées », explique-t-elle.

Dans une salle du CTG, des ordinateurs bourdonnent. Derrière le grillage d’une baie, les chiffreurs automatiques sont à l’ouvrag e. Ce sont des petits boîtiers, pas plus gros qu’une chaîne Hi-fi. « Nous avons trois niveaux de chiffrement », assure un officier. Pour lire les messages qui transitent sur Isis, il faudrait donc casser trois codes successifs. Ce n’est pas encore assez pour faire circuler sur ce réseau des informations secret-défense, un niveau de classification supérieur au confidentiel, mais beaucoup plus rare. « Il nous faudrait alors un quatrième niveau de chiffrement et utiliser des ordinateurs spécifiques, qui rayonnent moins », indique un spécialiste. Un ordinateur peut en effet être pénétré à distance, en captant le rayonnement qu’il produit.

L’arrivée du secret-défense sur Isis est toutefois à l’étude. En attendant, les documents secret-défense continueront à être transportés par des motards, comme c’était le cas de la masse de papiers confidentiels avant l’arrivée d’Isis. Les conversations téléphoniques passeront toujours par l’interministériel (moins de mille abonnés), qui utilise des lignes spéciales avec des numéros à trois chiffres ou par Rimbaud, le Réseau interministériel de base uniformément durci, beaucoup plus répandu.

Décidé début 2005, le programme Isis a eu France Télécom comme maître d’œuvre, l’Etat ne souhaitant pas confier un projet aussi sensible à un opérateur étranger. Au total, Isis a coûté 12 millions d’euros, et son fonctionnement dépassera 1,5 million par an. C’est cher, mais « la menace est réelle et constante », assure Francis Delon qui, à la tête du SGDN, est chargé de la sécurité des systèmes d’information de l’Etat.

Au premier semestre 2007, le SGDN a constaté des « attaques ciblées, mais pas à grande échelle, contre des administrations de souveraineté, rappelle Francis Delon. Il s’agissait de messages mail utilisant des identités usurpées et adressés à des fonctionnaires avec des intitulés qui correspondaient à leur activité habituelle ». D’autres pays, comme les Etats-Unis ou l’Allemagne, ont également été victimes de ces mêmes attaques. D’où venaient-elles  ? « On a observé qu’une partie de ces attaques sont passées par des ordinateurs installés en Chine. Mais cela ne veut pas dire que leur origine soit le gouvernement chinois. » Les messages contenaient-ils des « chevaux de Troie » venant espionner les ordinateurs visés ou pénétrer dans les réseaux  ? C’est une information confidentiel-défense. La réponse est sans doute quelque part sur Isis.


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