jeudi 11 novembre 2010 09:56
David Williams, en blanc et noirs
par Didier Péron
Figure marginale du cinéma américain, David Williams connaît une double actualité française : ED Distribution sort un coffret réunissant une partie de son œuvre (courts et longs métrages) et le cinéma Méliès de Montreuil accueille le cinéaste pour une projection débat, lundi, de son meilleur film, Lillian (1993), portrait d’une mère courage black se confrontant aux adversités quotidiennes tout en couvant d’amour sa petite fille et une amie souffrante. Le parcours de David William est très particulier dans la mesure où, d’abord promis par ses études à une carrière d’ingénieur, il s’est brusquement tourné vers l’art, d’abord la peinture puis la photographie et enfin le cinéma. Il est blanc et ses acteurs et personnages sont peu ou prou tous noirs. Il y a dans la démarche de David Williams une équivalence entre la pauvreté des moyens mobilisés pour tourner les films (y compris en s’endettant) et la situation de précarité des individus qu’il met en scène. Ses acteurs sont généralement des gens de son entourage de Richmond (Virginie), où il habite. L’ancienne capitale de la Confédération sudiste (entre 1861 et 1865), donc lourde d’un passé anti-abolitionniste, est un lieu où la question raciale n’est pas un vain mot. Accordant un entretien à Libération en 2002, David Williams soulignait cependant l’ambiguïté de cinéaste blanc cherchant à contrecarrer les clichés attachés à la communauté noire (drogue, prostitution, postures machistes etc.) : « Presque tous mes personnages sont des femmes noires. Pourquoi cela ? C’est un processus politique. Au moment où j’ai fait ces films, il n’y en avait pas d’honnêtes qui mettent en scène une vieille femme noire et sa famille ou une jeune fille noire et ses mystères […]. Mais quand mes films sont montrés aux États-Unis, il y a régulièrement des Noirs qui réagissent extrêmement violemment. Ils prennent Lillian et Thirteen comme des stéréotypes négatifs, le bon Noir soumis, la case de l’oncle Tom… » Dans Thirteen (1997), David Williams fait le portrait d’une adolescente mal dans sa peau. Le montage fait s’enchaîner à plusieurs moments des prises de vues de gens qui marchent, bras ballants, comme voués à un spleen persistant pour une étrange poésie de la résignation. Projection de Lillian en présence de David Williams
Coffret David Williams
Paru dans Libération du 10 novembre 2010
au Méliès, 7, avenue de la Résistance, Montreuil
Lundi 15 novembre à 20 h 30.
(Lillian, Thirteen et sept courts métrages)
ED Distribution, 30 euros.
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