vendredi 3 septembre 2010 08:45
De l’orange et des éclairs
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : Arte
Certes, c’est la conférence de presse d’Arte, mais c’est surtout là que le gratin des producteurs se retrouve après un été passé qui dans le Luberon, qui dans le Luberon. Du coup, les 412 places assises de la salle Henri-Langlois - car Arte reçoit à la Cinémathèque française - n’y suffisent pas : le retardataire reporter est prié d’attendre le cocktail en baguenaudant dans l’immeuble biscornu dessiné par Frank Gehry. Bon. Tant pis pour lui : il a tout raté. L’accueil de la dircom de la chaîne culturelle («On a tout fait pour que vous soyez content», ça, c’est gentil) ; les protège-fauteuils orange siglés «20 ans Arte» (s’agirait pas qu’on laisse des pellicules à la Cinémathèque) ; Télérama, représenté par une palanquée de journalistes, et Fabienne Servan-Schreiber. Pardon, on dit «Fabienne» pour désigner la reine de la production de fiction télé. Sitôt qu’elle arrive, c’est un ballet d’embrassades qui s’exécute. Fabienne raconte ses vacances (le Lot, et pas le Luberon, so 2009), évoque «Henri» (Weber, son socialiste de mari, voyons), déplore le «boulot fou» qui l’accable, envoie des baisers à travers la salle et se méfie : «Je suis très bruyante, donc il faut que je fasse attention à ce que je dis.» Teup, teup, teup, Fabienne… Et puis, à peine le cocktail entamé, the lady vanishes. Ou alors, on l’a perdue de vue dans la foule qui s’agglutine autour des buffets dans la mezzanine. Et on expérimente toutes les façons possibles de se faire un bisou (par-derrière, sur la pointe des pieds, ou accourant depuis l’autre bout de la salle en faisant «oh oh oh»). Surplombant la cohue, la reproduction d’un Monsieur Chat de Chris Marker regarde le spectacle, stupéfait. Tout est orange, des sacs Arte avec le dossier de presse à l’énorme gâteau d’anniv composé d’éclairs à la mangue (donc orange à l’intérieur). Jusqu’au Veuve Clicquot : ça tombe bien, c’est aussi la couleur étendard du champagne. Ça tombe super bien : le Veuve, ce n’est pas du pipi de chat. Petits fours sehr gut ; l’amitié franco-allemande, on l’aime aussi pour ça. Le people est idoine : Toni Marshall, Myriam Boyer, et même la petite voix de la chaîne totalement incognito. Le fond sonore est lui aussi très Arte, musique contemporaine à base de murmures d’oiseaux et de pépiements d’humains. Et en vrai, les humains du cocktail pépient sévère. C’est l’heure où les langues de vipère vont boire. «La qualité du buffet est inversement proportionnelle au nombre de spectateurs dans la salle», glisse le retardataire, décidément fumasse. «A Arte, ils ont du mal à être heureux, à être dans la joie et dans le plaisir», siffle un producteur malheureux. «Ecrivez, glisse un journaliste de la chaîne, que pour remplacer Jérôme Clément, les salariés ont un souhait : Laure Adler ou Georges-Marc Benamou : des gens loyaux et droits.» Message transmis mais, réflexion faite, nous nous sommes peut-être fait avoir par un déplaisant farceur. Paru dans Libération du 02/09/2010
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