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mercredi 9 juillet 2008 08:09

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De la vie des marionnettes

Artisan. Un DVD rassemble l’oeuvre de Barry Purves, animateur virtuose.

par Didier Péron

tags : animation , stop motion

Screenplay - DR

Barry Purves, his intimate lives, DVD Potemkine-Agnès b., 25 €.

Bien qu’il ait longtemps travaillé au sein du studio Aardman qui devait exploser avec les créatures de Nick Park, Wallace et Gromit, Barry Purves n’a jamais connu la célébrité en dehors du cercle des aficionados de l’animation qui le tiennent pour une légende vivante. Il faut dire que Purves n’a jamais signé de long métrage, il s’est toujours attaché à des formats courts et son œuvre tient en six films aujourd’hui rassemblés dans un DVD. Soit moins de deux heures de films en dix ans, si on les met bout à bout, entre Next (1989) et Hamilton Mattress (2001). Pourquoi si peu ? Parce que Purves est une sorte d’intégriste de l’animation image par image, la stop motion capture, et qu’il fait tout lui-même (auteur, réalisateur, animateur de marionnettes). Parce que surtout il se fixe des défis qui rendent une tâche, déjà a priori compliquée en elle-même, aux limites du réalisable.

Par exemple pour Next, son premier film, il décide de résumer l’intégralité du théâtre de Shakespeare en dix minutes ! Sur une scène, passant une audition devant un metteur en scène indifférent, le dramaturge élisabéthain devient un magicien qui ne dit pas un mot, mais traverse son propre génie via signes, accessoires, postures, symboles qu’il exhibe et escamote à toute vitesse. Plus tard, dans une commande pour la télévision britannique, il produit une version digest du Rigoletto de Verdi, une demi-heure de spectacle où la scène de l’opéra n’apparaît plus, transformée en décor baroque extraordinairement complexe dans lequel évoluent des personnages contrefaits, le fameux bouffon du duc de Mantoue et Sparafucile, le tueur à gage. L’atmosphère de décadence du livret est revisitée ici dans une tonalité intensément gothique et grotesque : « Pour créer l’illusion de la pluie dans la scène de l’orage, nous avons filmé des copeaux de noix de coco tombant devant un fond noir et sous une lumière bleue », explique le cinéaste dans les nombreuses notes du livret accompagnant le DVD.

Next - DR

L’alliance constante du bricolage, du truc récupéré dans une benne à ordure et recyclé en élément de décor, et de la virtuosité maniaque calculant, prise par prise, l’effet final est probablement ce qui caractérise Purves qui s’est toujours braqué contre l’animation par ordinateur. « Ce qui me gêne dans l’animation assistée par ordinateur et la manipulation des images c’est que les frontières du possible ont été repoussées au-delà de toute limite et quand tout devient possible, mon cerveau sent l’ennui et n’est plus surpris », racontait-il dans un texte, The Emperor’s New Clothes publié sur le site Animation World Network. Il évoque notamment sa pénible expérience sur le tournage de Mars Attack ! de Tim Burton. Au début de la de production, Purves est embauché pour les séquences avec les extra-terrrestres puisque Burton veut des marionnettes en stop motion capture, hommage aux créatures de Ray Harryhausen, héros commun du cinéaste américain et de l’animateur anglais, l’un et l’autre traumatisés dans leur enfance par la légion de squelettes de Jason et les argonautes. Mais, après plusieurs mois de travail, la Warner décide de virer le staff de Purves et Burton finira par recourir à de l’animation 3D. Cet échec est caractéristique de l’inaptitude foncière de Purves à intégrer la modernité technologique. C’est un vieux garçon sentimental et un rien morbide qui adore les objets inertes et tactiles soudain vivants et passionnés.

Dans son chef-d’œuvre, Screen Play (1992) qui se déroule dans le Japon ancien, un vieil homme se remémore les épisodes marquants de son existence tumultueuse. Le film se présente sous la forme d’un plan séquence avec une scène centrale tournante et une continuité de péripéties glissant les unes sur les autres par un jeu de paravents et de décors coulissants véritablement vertigineux. Parlant de son métier dans son livre Stop Motion (chez Focal Press), Purves reconnaît que sa passion est une manière de perdurer socialement en étant en dehors du jeu : « Je suis payé pour être sublimement idiot, il y a pire dans la vie ! »


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