lundi 10 janvier 2011 09:15
« Def Jam », du rap sans dérapage
par Stéphanie Binet
tag : musique
DR
Def Jam RapStar
pour XBox 360, PS3 (40€) et Wii (50€).
D’habitude, dans l’univers de la console, les rappeurs sont utilisés soit pour incarner les gros bourrins dans les jeux de combat, soit pour faire monter l’adrénaline à travers leur musique dans ceux de vitesse ou de stratégie criminelle (Vice City ou Grand Theft Auto). Avec Def Jam Rapstar, c’est la première fois que leur culture est au cœur du jeu. En 2005, il y avait bien déjà eu une tentative de karaoké rap avec Get On Da Mic édité par Eidos, mais rien que le graffiti sur la pochette sonnait toc, pas « real » comme disent les B-boys. Là, c’est un des labels fondateurs de la culture hip-hop, si n’est le plus important dans l’histoire de cette musique, qui s’y colle, Def Jam, donc : soit l’écurie des poids lourds, Public Enemy, LL Cool J, Run DMC, Method Man, Redman… L’enseigne n’est pas novice en matière de jeu. C’est elle déjà qui, en 2003, prêtait l’image de ses artistes et en convainquait d’autres de créer un jeu de combat, Def Jam Vendette puis Def Jam Fight for NY. Les fans ont kiffé. Grave. Et aujourd’hui, le label new-yorkais associé avec Konami, spécialiste des jeux musicaux, leur propose de rapper les textes de leurs idoles (35 Américains, 10 Français), d’écrire ses propres rimes sur les musiques de compositeurs de renom comme DJ Premier, et de se filmer pour participer au site communautaire. Une fois inscrit, on peut choisir son rival pour une « battle » en Corée, en Irlande… grâce à une carte qui permet de visualiser où se trouvent tous les apprentis MC. Le jeu est interdit au moins de 12 ans. Pourtant, le premier clip sur lequel le joueur est invité à rapper, est truffé de silences à la place des « fuck » et autres « nigga ». Car ici, seules les versions clean de chaque titre sont disponibles. Armé de son micro devant l’écran, le joueur doit lire les paroles en anglais, ou plutôt en « néo-orléanais » ville d’origine du rappeur Lil’Wayne. A noter qu’un gros cache noir couvre le gobelet de sa boisson préférée. Le fan peut essayer en mode carrière, répétition, ou freestyle. En répétition ou en jeu, il peut avoir le résultat de son rap pour chaque couplet, son pourcentage de réussite en matière de paroles, de rythme et de justesse. C’est là où on se rend compte que les rappeurs français sont quand même plus fins dans les sujets, plus forts dans les allitérations, mais Disiz la Peste est quand même censuré pour le « toi, tu veux ma quéquette » de son tube J’pète les plombs. Il est aussi plus facile de chanter une sucrerie r’n’b que de swinguer comme Redman, même si l’accent anglais, le logiciel s’en moque. Mais les adolescents seront dorénavant incollables sur la culture hip-hop. Ainsi, un petit texte présente chaque artiste et donne quelques clés. On apprend que les textes de Lil’ Kim, la plus cochonne de toutes les rappeuses américaines, sont étudiés à l’université de Syracuse ; que la nouvelle star du genre, Drake, est le fils du batteur de Jerry Lee Lewis et le neveu du chanteur Larry Graham, et que le Wu-Tang Clan était le plus grand groupe de rap de tous les temps. Mais ça, on le savait déjà. Paru dans Libération du 7 janvier 2010
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