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jeudi 19 janvier 2012 10:40

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Denis Olivennes : « La saison dernière était atypique »

par Isabelle Hanne

tags : radio , interview , audience , Europe 1

Photo Medef, CC BY SA

L’éternel trio de tête ne change pas : RTL d’abord, puis NRJ, puis France Inter. Mais selon le sondage Médiamétrie publié hier, pour la période novembre-décembre 2011, RTL accuse une baisse de 1,4 point sur un an, avec 11,8% d’audience cumulée. La station reconnaît un « mauvais sondage », mais « aucun changement de grille » n’est prévu. France Inter voit son audience cumulée augmenter de 0,7 point en un an, et sa matinale est la première de France, avec 3 827 000 auditeurs. RMC continue sa belle progression, avec 7,9% d’audience cumulée, presque un point de plus qu’il y a un an.

Côté Europe 1, on respire enfin. Fini les communications embarrassées. Après une saison compliquée — changement de direction, d’animateurs, de grille —, la station reprend sa quatrième place, avec 9,4% d’audience cumulée, un demi-point de plus que sur la même période l’année dernière. Europe 1 reconquiert 270 000 auditeurs en un an. La matinale de Bruce Toussaint en gagne 162 000. Son patron, Denis Olivennes, à la tête de Lagardère Active, commente ces résultats.

 

Quel était le projet de votre grille, lancée en septembre ?

Revenir à l’ADN d’Europe 1 : une station sérieuse, mais qui ne se prend pas au sérieux. Une station référente sur le fond, notamment sur l’information, mais différente par son ton, parce qu’elle est volontiers décalée. Et en modernisant, en actualisant cet ADN, d’où la présence de Bruce Toussaint, de Nikos Aliagas, etc. Et ça, ça me paraît avoir été fait à la satisfaction des auditeurs.

Certaines têtes d’affiches — Field, Drucker, Ruquier… — ne sont pas franchement des petits nouveaux dans le paysage média…

C’est ça, la dualité Europe 1. J’ai choisi des animateurs cohérents les uns avec les autres, qui expriment l’identité de notre antenne. Beaucoup ont un lien ancien avec la station : Morandini, Drucker, Ferrand, Ruquier, Field… Du début à la fin de la grille, nos auditeurs doivent se sentir dans l’univers familier d’Europe 1. En même temps, il y a un effort de modernisation sur les tranches d’info, avec des animateurs — Toussaint, Cahour, Poincaré — qui ont le même rapport sérieux mais décontracté avec l’info. Et avec des innovations, comme Des clics et des claques, seule émission quotidienne sur le monde d’Internet à la radio.

Votre antenne est extrêmement masculine…

Je ne suis pas complètement d’accord avec vous. Europe 1 est la seule radio dont le directeur de l’information est une femme [Arlette Chabot, ndlr]. Dans la matinale, deux journaux sur trois sont faits par des femmes. Il y a aussi les émissions d’Hélène Morna, de Wendy Bouchard… On peut sans doute faire mieux, mais je ne crois pas qu’on soit le plus mauvais de la classe en la matière.

Europe 1 a la plus faible durée d’écoute des généralistes (1 h 54, 2 h 22 pour RTL). Ça vous inquiète ?

Ce n’est pas complètement absurde en période de conquête : vous faites venir à vous des auditeurs qui ne sont pas dans votre socle de fidèles. Il est parfaitement normal qu’il y ait un peu de zapping, donc ça ne m’inquiète pas du tout.

Allez-vous procéder à des changements de grille ?

La saison dernière était complètement atypique, avec le départ de beaucoup d’animateurs. Maintenant, il faut qu’on maintienne cette nouvelle grille dans la continuité. La radio, c’est un média d’habitude, un média de réglage fin. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier tous les matins, faire des micro-ajustements : quart d’heure par quart d’heure, une chronique en plus ou en moins…

 

 

D’après ces résultats, qu’est-ce qui ne marche pas ?

Il faut encore qu’on progresse sur la matinée. On a changé beaucoup de choses, pour qu’il y ait un glissement de l’info au divertissement, il faut le temps que ça s’installe. Michel Drucker n’a pas encore décollé [-9% sur sa tranche], mais ça ne m’inquiète pas du tout. J’ai tout à fait confiance dans le potentiel de croissance de cette émission. Et c’est un Drucker très inattendu, poussé dans ses cordes par une bande de gens talentueux.

Il fait quand même du Drucker : très gentil, très consensuel, tout est toujours formidable…

C’est un peu ce qu’on cherchait : ce qu’on avait en tête, c’était la dialectique entre, par exemple, Gildas et De Caunes-Garcia. Un personnage paternel, qui arrondit les angles.

Est-ce qu’Europe 1 va choisir un candidat à la présidentielle ?

On n’est pas une radio d’opinion. Et d’ailleurs, c’est reconnu par nos auditeurs : selon une récente étude de la Sofres, 66% de nos auditeurs considèrent que nous ne sommes ni de droite ni de gauche.

Donc, vous considérez qu’Europe 1 n’est ni de droite ni de gauche ?

On doit être une radio d’information, libre, indépendante et pluraliste. Personne ne peut dire ce que les présentateurs des tranches d’info, Toussaint, Cahour ou Poincaré, pensent politiquement, ni ce qu’ils votent. Et on a trois grandes interviews politiques par jour, avec Bruce Toussaint, Jean-Pierre Elkabbach et Arlette Chabot, ce qui permet à toutes les sensibilités politiques de s’exprimer.

Vous considérez qu’Elkabbach est la voix de la droite, et Chabot la voix de la gauche ?

Non, non, pas du tout, je parle des invités politiques ! Ça veut dire qu’avec trois interviews par jour, toutes les sensibilités s’expriment. Pour l’instant, la seule observation qui nous a été faite sur ce thème vient du CSA, qui considérait qu’on avait trop donné la parole à la gauche au moment de la primaire. Je ne crois pas qu’on soit soupçonnable de quelque parti pris que ce soit. Il y a une expression d’Hubert Beuve-Méry, le créateur du Monde, qui, je trouve, définit exactement ce qu’on doit être : « Une subjectivité désintéressée. »

 

Paru dans Libération du 18 janvier 2012


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