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dimanche 26 juin 2011 12:38

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Derrick : 22 v’la les clics !

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : série

DR

« Derrick est interprété par le Dr Garriberts. » Quand la phrase est apparue sur l’écran de l’ordinateur, une certaine émotion nous a serré le kiki. Etre un jour Miss France, porter les tresses de Laura Ingalls, toucher une boule noire de Motus, crier « Félindra, tête de tigre » dans Fort Boyard, autant de fantasmes à fort potentiel orgasmique que le petit écran fait naître dans le creux de nos reins, et rhâââ, on s’égare. Mais Derrick, là, c’est du domaine du sacré. Nous, petits nains en terre cuite, enfiler le costume de serge bleue du héros ? Chausser ses élégantes lunettes aux verres qui se teintent d’ocre aux faibles rayons munichois sitôt que l’inspecteur sort du Polizeipräsidium ? Accrocher à notre cravate tricotée entre marron glacé et crotte en chocolat la superbe épingle de Stephan ? Ce rêve-là, maintenant que Horst Tapper a rejoint Jean Richard au paradis mou des flics à l’ancienne (à moins que ce ne soit l’inverse), relève même de la profanation. Et pourtant si, c’est possible. Et ce par la grâce de l’éditeur Daedalic Entertainment, qui vient de sortir le jeu vidéo Derrick : meurtre dans un parterre de fleurs. Enfin, « vient »… Façon de parler, c’était le 27 mai dernier, mais la lenteur derrickienne, vous savez.

Pertes de conscience

Il était moins une : on a failli se mettre à jouer sans même lire l’avertissement inscrit sur la boîte. « Chez certaines personnes, l’utilisation de ce jeu nécessite des précautions d’emploi particulières. » Houla, attention. Précipitons-nous sur le manuel. Alors, le manuel, le manuel, le manuel. Ah oui, là, en face de ce miroir rond, d’accord, le DVD d’installation si vous voulez. Léchons-nous le doigt afin de tourner les pages : « Précautions relatives à la santé gnagnagna… Certaines personnes sont susceptibles de faire des crises d’épilepsie. » D’épilepsie ? Pendant Derrick ? Ce serait étonnant. Poursuivons : « ou d’avoir des pertes de conscience. » Ça, oui, c’est bien possible. D’ailleurs, pour emballé de second degré que soit ce Derrick (il est livré avec un sachet de tisane, là où quelques mignonnettes d’alcool s’imposent - et pas du guignolet, merci), la pub à la fin du manuel pour le site Cpourlesseniors.com vend la mèche : c’est un jeu pour Mémé ! Même pas vexés, nous continuons. On fourre le truc dans le machin, et là, sur l’écran : « Merci de patienter un instant, Derrick est en cours d’installation. » Quelques centaines d’instants plus tard, on en est au même point. Rien à dire : jusqu’à présent, le jeu issu de la série est criant de réalisme.

Das Trailer

 

Marron sur marron

« ALLES KLAR HERR KOMMISSAR ! » Hein quoi ? Ah, on s’était endormis pendant l’installation, dites donc. Alors qu’une superbe interface s’est affichée, avec, en son centre, notre bel Horst et ses grandes oreilles rouges et brillantes. Et qu’en jaune s’inscrit « Derrick » avec la même polizei de caractères qu’à la télé. En fond sonore, le célèbre générique, un mélange osé entre disco frénétique et petite valse angoissante façon Clinique de la Forêt-Noire. On fait bouger la petite main à l’index tendu et hop, donc, le magique « Derrick est interprété par le Dr Garriberts » : schön.

Sehr schön itou le bureau de Derrick circa 1975 dans lequel nous nous trouvons catapultés (bon, au ralenti la catapulte) : des bureaux marron, des chaises marron, des tableaux marron, des rideaux marron, ah non, là, il y a du gris, celui du téléphone à cadran. A la bande-son, un maigrelet vibraphone, et autant dans Twin Peaks ça sonne sexy, autant là… Mais il est temps de découvrir nos guns biothermiques à neutrons grâce auxquels on va flinguer du salaud - notaire adultère, patron véreux, épouse cupide. Mais point de gun. A la place, ooooh une loupe, et aaaah, un polaroïd.

Maus und click

Après tout, soyons beaux joueurs : il n’y a pas d’action dans Derrick, pas de raison que le jeu se laisse aller à cette vulgaire facilité. A quoi on joue, alors ? Eh bien, puzzle, mikado, jeu des sept erreurs… Autant dire qu’il y a assez peu de risque de voir même les plus frénétiques adeptes commettre, sous l’emprise du jeu, un massacre dans leur lycée. Il s’agit en fait d’un jeu point and clic : on promène sa maus dans le décor et on clique dès qu’on a trouvé un indice, jusqu’à ce qu’on mette sous les verrous l’assassin d’Alois Huber (1). Et l’enquête démarre comme à la télé, par un coup de téléphone. « Je viens d’arriver. Que se passe-t-il , Harry ? » est-il inscrit dans une bulle au-dessus de l’inspecteur principal. Là, ça ne va pas du tout, côté adaptation : dans la série, Derrick ne décroche jamais du premier coup. Jamais.

Le gros doigt

Alois Huber, donc. Raide mort dans son jardin. Sauf qu’avant de se rendre sur place, il nous faut reconstituer le plan de la ville que nos collègues ont malicieusement déchiré en 9 morceaux cachés dans le bureau. Ach, les farceurs. Alors, on clique. Sans oublier, avant de s’attaquer au puzzle, de cliquer pour chercher des punaises. Ouais, mec, des punaises… Un peu irritant. Enfin, nous voilà sur la scène de crime (las, sans en passer par l’élément narratif clé d’un bon Derrick : le long, si long trajet en voiture) et notre trépidante enquête démarre : on clique dans la haie à côté du maccab. Oh, des fibres de tissu bleu. « Celui qui est resté accroché à ces épines, énonce le docte Derrick, portait à coup sûr un vêtement bleu. » Mais comment faites-vous, inspecteur principal ? L’investigation haletante se poursuit. Parfois, Derrick lâche une de ses célèbres considérations sur la vie : « C’était bien plus qu’une simple querelle de voisinage qui a peut-être atteint son triste comble ce matin. » Mais surtout, on clique : pour retrouver des photos aux légendes parfois troublantes (« Huber me montre le gros doigt »), on clique pour assembler une verdammt de pompe hydraulique afin de vider la mare sans oublier de cliquer, scheisse, encore pour récupérer les poissons, un à un, saloperie de poiscaille de schweinhund. Müde, nous sommes : Derrick, c’était mieux quand il n’y avait rien à faire que dormir devant.

(1) Plié en deux heures, le jeu coûte tout de même 20 euros. Y en a qu’ont envahi la Pologne pour moins que ça. Hop, point Godwin.

Paru dans Libération du 25/06/2011


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