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lundi 21 mars 2011 12:48

  • cinéma

Des espaces et des hommes

par Félix Gatier

tags : vidéo , installation

Vue de l’exposition - Photo Aurélien Mole

Ce dont on sera dans l’avenir capable
de Frédéric Moser et Philippe Schwinger
Jusqu’au 26 mars.
Bétonsalon, 9, esp. Pierre-Vidal-Naquet, 75013 Paris

 

Pour sa première exposition monographique parisienne, le duo suisse Frédéric Moser et Philippe Schwinger a pris ses quartiers dans un treizième arrondissement en mutation urbanistique. Ça tombe bien, l’assemblage de Ce dont on sera dans l’avenir capable s’appuie sur un projet filmique entamé en 2008 et censé capter les évolutions de l’espace urbain français à l’orée du XXIe siècle.

France, détours (du nom de la série réalisée par Godard en 1978, France/tour/détour/deux/enfants) est un programme itinérant, questionnant l’inscription de l’homme dans un territoire, une friche, un peu partout en France. Des quatre étapes de France détours, seules deux ont déjà été accomplies : le filmage réalisé dans la banlieue toulousaine du Mirail en 2009, et celui tourné à Pierrefitte-sur-Seine dans le 93 en 2011. Polyvalent, le duo propose avec ces « détours » deux techniques de documentaire. A Toulouse, plans fixes, caméra à l’épaule, voix off, Moser et Schwinger sont allés à la rencontre des riverains du quartier du Mirail, en cours de démolition. Ils parlent de la cité, de l’ostracisme et de l’instrumentalisation qu’ils subissent. Une jeune fille s’interroge : « Est-ce à nous de nous intégrer ou est-ce à la société de le faire ? » La caméra n’est pas inquisitrice, elle laisse le temps de parler.

Frédéric Moser et Philippe Schwinger, répétition pour "Schéma 2" - DR

Autre période, autre médium : à Pierrefitte, les documentaristes ont investi le sinistre local du « Fil continu » utilisé par l’association Afpad, qui prend en charge les élèves mis au ban du système éducatif. La caméra enregistre le rapport conflictuel entre éducateurs et jeunes. La violence du verbe remplit l’écran. Un ado à la gueule archangélique avoue, l’air paumé, s’être fait renvoyer de son collège pour avoir « insulté [sa] prof ».

Moser et Schwinger axent leurs recherches sur le mélange des genres et sur la bipartition chronologique de l’œuvre. L’âpreté journalière du Fil continu a inspiré une chorégraphie crispante à une troupe de danseurs diplômés du CNDC d’Angers. Filmés juste avant l’ouverture de l’exposition, les rushs tournent en boucle dans l’espace, offrant dans un jeu d’écho accentué la simultanéité déconcertante des maux adolescents et du ballet mutique. Sur les deux écrans contigus, la même lutte saisissante, la même peur.

Paru dans Libération du 19 avril 2011


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