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mercredi 25 février 2009 12:04

  • cinéma

Des justiciers dans le vil

Après avoir fait florès dans les années 70, le « vigilante movie » revient en force. 

par Bruno Icher

Death Sentence - DR

Gran Torino de Clint Eastwood, avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her… 1 h 55.

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Eastwood revêt les oripeaux du Clint salopard et vengeur dans un film sur les gangs asiatiques. Une nouvelle variation autour de la rédemption.

Avec Gran Torino, Clint Eastwood a probablement écrit le dernier chapitre d’une saga qui avait débuté avec Dirty Harry, de Don Siegel, en 1971. Les cinq films avec l’inspecteur Callahan pour héros ont fondé à la fois la légende d’Eastwood, longtemps qualifié de « facho nixonnien », mais ont également assuré le succès des vigilante movies, genre florissant dans les années 70. Le principe est bête comme chou  : un individu, par vengeance ou par conviction, se substitue à un système qui n’a pas le droit de recourir à des méthodes expéditives pour résoudre ses propres problèmes. L’autre héros fondateur du genre est Paul Kersey, incarné par Charles Bronson dans la saga des Death Wish (Justicier dans la ville), cinq films comme autant de vibrants appels au lynchage des voyous par les citoyens bien comme il faut.

Bien entendu, ces films contiennent une part d’ambiguïté qui pique où ça fait mal. Et cette valse incertitude du personnage principal, entre symptôme d’une société malade et plaidoyer nauséabond pour un régime totalitaire, a quand même produit un monument comme Taxi Driver de Martin Scorsese en 1976. Comme quoi, c’est toujours la même histoire  : tout tient au talent de celui qui raconte l’histoire.

Si les années 70, période de libéralisation de la violence à l’écran, ont été le terreau fertile du genre, les années 2000 voient son retour en force. A commencer par l’avalanche de films inspirés des superhéros de comics de Marvel ou DC, dont l’existence même est une conséquence et une réponse à l’impotence du système. Dans un registre moins fédérateur et plus sauvage, quelques réalisateurs ont tenté de recourir à la veine classique, que ce soit James Wan avec Death Sentence, dans lequel Kevin Bacon devient un tueur sanguinaire après le massacre de sa famille, ou Neil Jordan avec The Brave One, où Jodie Foster, en guise de thérapie pour se remettre d’une agression, devient une machine à tuer prenant un certain plaisir à l’exercice. Avec la crise économique dont tout laisse penser que les effets seront longtemps perceptibles, il est probable que le vigilante movie a encore de beaux jours devant lui. A vérifier dans quelques semaines avec la sortie mondiale de The Watchmen, adaptation de la BD d’Alan Moore par Zack Snyder, parabole d’une société qui court à sa propre fin et dont les héros sont aussi fous et vulnérables que ceux qu’ils sont censés protéger.

Toutefois, si un personnage de fiction incarne parfaitement l’absurde et suicidaire fuite en avant d’une société occidentale qui apporte des réponses pires encore que le problème qu’elle combat, c’est sans doute du côté de la télévision qu’il faut le chercher. Il s’appelle Jack Bauer, il est le héros de la série 24 Heures chrono, et voila huit ans qu’il tue et torture ceux qui menacent le monde qu’il défend. Pour l’instant, sans grand succès.

Paru dans Libération du 25 février 2009


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