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vendredi 31 décembre 2010 11:31

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Des sciences au culte

par Frédérique Roussel

tags : exposition , science-fiction

Photo Les Archives de la Science-Fiction / Benjamin Taguemount

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L’empire du chineur

Collectionneur frénétique de produits dérivés SF, Arnaud Grunberg fournit une partie des curiosités exposées à la Cité des sciences.

SCIENCE (ET) FICTION, AVENTURES CROISÉES Cité des Sciences et de l’Industrie, 30, av. Corentin-Cariou, 75019. Jusqu’au 3 juillet.

L’exergue, simple comme bonjour, est de l’écrivain américain Isaac Asimov : « On peut définir la science-fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science et de la technologie. » C’est ce compagnonnage entre science et fiction que la Cité des sciences a choisi de raconter (1). L’immense succès de l’exposition « Star Wars », en 2005, avait donné envie d’élargir le spectre, souligne Evelyne Hiard, une des deux commissaires. D’où cette expédition en grande pompe sur un genre qui tend à devenir, après avoir été conspué comme le territoire de la série B et de la sous-littérature, une icône muséale.

Cette « aventure croisée » se matérialise dans une autre, plus souterraine : celle qui voit le voisinage de manuscrits datant du XVIe siècle avec les costumes de Matrix des frères Wachowski issus de la collection d’Arnaud Grunberg (lire page suivante). Grâce à un prêt de la Bibliothèque nationale de France (BNF), on peut voir sous verre l’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam, des textes de Kepler ou de Cyrano de Bergerac, mais aussi les utopies de Francis Bacon ou de Louis-Sébastien Mercier.

La production de fictions du XXe siècle n’est pas en reste. La BNF traque ainsi depuis plus de cinq ans ayants droit et auteurs toujours de ce monde pour muscler son fonds de SF. Certaines de ces récentes conquêtes d’encre et de papier sont présentées là, comme la Planète des singes, de Pierre Boulle, disparu en 1994. En regard, dans une vitrine, les costumes du film de Franklin J. Schaffner.

Mais ce qui frappe, c’est l’histoire que raconte le mélange entre premiers récits imaginaires et images hollywoodiennnes sur lesquelles l’expo n’a pas lésiné. Elle « montre une cartographie des émerveillements et des inquiétudes d’un siècle et demi d’histoire », explique l’écrivain de SF Ugo Bellagamba, un des commissaires scientifiques. L’histoire d’une quête philosophique, scientifique et ludique qui a pris chair et son avec le cinéma et le jeu vidéo. Divisée en deux grandes parties, l’expo est axée sur deux thématiques, le premier grand volet est dédié à l’espace et au temps, le second à l’invention d’autres sociétés.

La conquête de l’espace est ainsi illustrée avec des extraits de films diffusés sur grand écran, comme 2001, l’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick ; avec un vaisseau en taille réelle de la série Battlestar Galactica ou une évocation du rêve de l’ascenseur spatial, objet de recherches scientifiques vulgarisées dans les Fontaines du paradis, d’Arthur C. Clarke. Le visiteur de la Villette, généralement très friand de jeux pédagogiques, peut également gérer une station spatiale virtuelle ou expérimenter le ralentissement de l’écoulement du temps lors d’un voyage approchant la vitesse de la lumière dans une cabine spatio-temporelle. Dans la seconde partie, il est permis de jouer les psychoroboticiens, de méditer sur l’inspiration humaine - capable de concevoir des êtres comme l’androïde Maria, de Metropolis, le R2-D2 de Star Wars -, ou de frémir devant des aliens ou d’expérimenter la matrice.

Expérience in vivo spectaculaire, l’exposition laisse finalement un peu de côté l’aspect science, qui a toujours beaucoup influencé l’imaginaire SF. Mais l’ensemble, pour peu qu’on ne se cantonne pas à l’apparat, rend bien compte des questionnements et des angoisses qui ont agité le genre depuis le début. Désastres naturels, nanotechnologies, post-humains… autant de sujets sur lesquels la science-fiction a dit et redira. Un véritable « laboratoire social qui nous renvoie aux problèmes de notre propre société ». « Ainsi, la notion de singularité, qui postule le dépassement de l’humanité par les machines […] est-elle en passe de devenir l’un des paradigmes majeurs de notre temps », écrivent les commissaires scientifiques en laissant grand ouvert l’horizon. Même exhibée en vitrine, la SF n’a pas dit son dernier mot.

(1) Un beau livre accompagne l’exposition, Sciences & Science-Fiction (Universcience éditions et éditions de la Martinière), 29,90 euros. Dans le même registre, la Bibliothèque des sciences et de l’industrie propose également une exposition sur le dessinateur Albert Robida jusqu’au 30 janvier.

Paru dans Libération du 30/12/2010


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