mardi 30 septembre 2008 14:19
Des serveurs venus du froid
tag : économie
Le Groenland - CC Luiz Castro
De notre correspondante en Scandinavie
La planète se réchauffe, la banquise recule et les glaciers disparaissent. Mais au Groenland, il fait toujours froid. Alors pourquoi ne pas en en profiter pendant qu’il est encore temps ? L’opérateur Tele Greenland a eu une idée toute simple. Les Microsoft et autre Google possèdent les plus gros parcs de serveurs informatiques au monde et dépensent des sommes folles pour assurer leur ventilation. Alors Tele Greenland se propose de réduire leur facture d’électricité de moitié, en installant leurs serveurs au frais, au Groenland bien sûr. Bien qu’ingénieuse, l’idée était jusqu’à présent impossible à mettre en œuvre, faute d’une connexion Internet à haut débit entre l’île et le reste du monde. Le câble sous-marin de 4 780 km, qui reliera le Groenland au Canada et à l’Islande d’ici la fin de l’année, changera tout. Les 56 000 habitants du département danois disposeront alors d’une capacité de 960 gigabits/seconde, puis de 1,9 térabit/seconde, soit 7 000 fois plus que leurs besoins. Une fois déployé au fond de l’Atlantique-Nord, le câble offrira à Internet une nouvelle voie de passage entre l’Europe et les États-Unis. Les possibilités sont gigantesques, selon Jorn Jespersen, directeur technique de Tele Greenland. « Aujourd’hui, une part énorme du trafic Internet mondial passe par Land’s End [la péninsule au sud-ouest de la Grande-Bretagne, ndlr]. Mais le câble est très vulnérable et les conséquences sont terribles en cas de rupture, d’attaque terroriste ou autre », confie-t-il au magazine Ingeniøren. D’où l’intérêt de faire transiter les données par un chemin plus sûr, via le Groenland. Pourquoi alors ne pas installer les parcs de serveurs des géants du Net sur l’île ? Actuellement, Microsoft construit à Chicago une « ferme de calcul », dont près la moitié de l’énergie produite servira à refroidir ses serveurs. Or, « s’il y a quelque chose que nous avons en abondance au Groenland, c’est bien le froid », remarque Jorn Jespersen. Avec un avantage : l’électricité nécessaire au bon fonctionnement des parcs de serveurs sortira tout droit des sources d’énergie renouvelable, dont l’île regorge. Le directeur technique de Tele Greenland déclare avoir déjà été contacté par plusieurs entreprises intéressées. Le marché est énorme. Selon diverses estimations, le nombre des seuls serveurs aux États-Unis devrait atteindre 15,8 millions en 2010, soit trois fois plus qu’il y a dix ans. Paru dans Libération du 30 septembre 2008
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