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mardi 3 février 2009 12:47

  • télévision

«Des signes de connivence»

Joseph Daniel, ex-membre du CSA, pointe les dérives récentes.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : interview , CSA

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CSA  : arrière-cuisine et dépendance

Nicolas Sarkozy est invité ce soir aux 20 ans du gendarme du PAF.

Joseph Daniel, 64 ans, a été membre du CSA entre 1999 et 2005, nommé par Laurent Fabius, alors président de l’Assemblée nationale.

En 2005, vous avez quitté le CSA, comment l’avez-vous vu évoluer ? Le CSA a prolongé sa tendance au ­monocolore politique. D’autre part, l’instance se tourne de plus en plus vers la technique et le droit de la concurrence. Une autre tendance, qui tient à Boyon, c’est une reprise en main manifeste qui fait que personne ne s’exprime en dehors de lui. C’est inutile alors que les conseillers ont déjà un ­devoir de réserve. Qu’avez-vous pensé de Michel Boyon s’exprimant en faveur de la loi sur l’audiovisuel ? Ce qui m’a frappé, c’est l’imprudence politique de son attitude louangeuse sur la nomination des présidents de l’audiovisuel public par l’exécutif, alors que le CSA avait donné un avis plus distancié. Ce sont, à mes yeux, des signes de connivence par rapport au pouvoir qui sont malvenus.

En quoi un CSA monocolore pose-t-il problème ? Sur les problèmes principaux, l’instance ne peut dégager des majorités autres que celles du pouvoir. Je suis certain que la majorité des conseillers du CSA pense que la nomination des présidents de France Télévisions et de Radio France par l’exécutif est une connerie, mais, dans son avis, le CSA dit qu’il n’a pas à se prononcer sur la question. Si les nominations au CSA ne sont pas pluralistes alors le CSA ne peut pas être pluraliste dans ses décisions. Quand j’étais conseiller, il y a eu des disputes homériques dont personne n’a rien su, sur l’histoire de papy Voise (1) ou le portrait de Cécilia Sarkozy diffusé sur France 2, mais le CSA, de par sa composition, ne pouvait que dire que tout allait bien.

Faut-il réformer le mode de nomination au CSA ? Oui, en donnant le même nombre de nominations à l’opposition et à la majorité.

Le CSA a-t-il abandonné certaines de ses missions, le pluralisme par exemple, avec le temps de parole du Président que n’est pas décompté ? Non, le CSA n’a pas abandonné sa mission de pluralisme puisqu’il demande même aux radios de l’appliquer. Mais tout est faussé par cette histoire de temps de parole du Président qui est, à mes yeux, un pur scandale. Le CSA s’abrite derrière une décision du Conseil d’Etat de 2005 qui dit que le temps de parole du Président ne peut pas être aggloméré à celui des partis politiques, mais ce n’est jamais ce qui a été demandé ! De juillet 2007 à septembre 2008, sur les JT de TF1 on a plus de dix heures pour l’exécutif et moins de trois heures quarante pour l’opposition, sur France 2, on se contente de passer du simple au double. Ce sont des règles totalement injustes !

(1) Dont le visage tuméfié avait fait le tour des JT à la veille du premier tour de l’élection présidentielle de 2002.

Paru dans Libération du 3 février 2009


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