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mercredi 24 septembre 2008 08:20

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« Des trous… », talent à la pelle

Fantomas. Film onirique de Guy Maddin rendant hommage au muet.

par Bruno Icher

DR

Des trous dans la tête ! de Guy Maddin avec Erik Steffen Maahs, Gretchen Krich… 1h37.

L’existence des films de Guy Maddin relève de l’anomalie heureuse. Voila près de vingt ans que ce petit gars de Winnipeg, Manitoba, Canada, fait des films impossibles. Entre autres, la Musique la plus triste du monde avec Isabella Rossellini en diabolique cul-de-jatte, patronne despotique d’une brasserie. Cette fois, il propose un muet pur jus, avec orgue en fond sonore, cartons et images noir et blanc envapées. Des trous dans la tête ! est l’histoire d’un orphelinat aux allures gothiques, paumé sur une île battue par des vents manifestement nordiques et tenu par une famille de givrés. Logique, mais ce n’est qu’un début. Il y a le père dans son labo qui expérimente une potion extraite du cerveau des enfants perdus. La mère, folle sadique, qui ne pense qu’à ralentir les irréparables outrages du temps. Il y a aussi la fille, une blondinette révoltée au regard de Lilian Gish qui affronte la tyrannie de la mère avec l’énergie du désespoir. Sans oublier le petit garçon dont le nom (Guy Maddin) suffit à traduire le rôle de témoin.

Tout se mêle bientôt entre dérapage onirique et jeux d’enfants interdits, fantaisies érotiques et conte sadomaso dans lequel font irruption sans crier gare des ados androgynes déguisés en Fantomas. « Une partie de mon enfance a été soumise aux disputes incessantes entre ma sœur aînée qui refusait de cesser de grandir et ma mère qui ne le lui pardonnait pas, nous explique le cinéaste, de passage à Paris. Cela ne m’a pas empêché de vivre cette enfance comme une période enchantée et c’est ce que j’ai voulu retrouver dans ce tournage. » Pour ce film plus improvisé que ses précédents, Maddin est retourné à la source de ses marottes.

« Je suis fasciné par ces mécanismes qui nous permettent de nous échapper des modèles universels que sont la religion, la science ou l’accumulation d’expériences. Ce qui nous définit aussi, ce sont des manières singulières de penser ou d’associer les événements. C’est l’histoire de l’enfant qui voit sa mère étendre le linge dans la maison parce qu’il pleut et qui pense qu’il va pleuvoir chaque fois que sa mère étend le linge. » Les films de Maddin n’appartiennent à aucun genre, à aucune école. Et s’il arrive parfois, comme ici, de penser fugacement à d’autres (Laughton ou Murnau), le film esquive toujours le piège de la référence ou même de l’hommage. Maddin parvient juste à filmer ses crises de somnambulisme et à nous donner envie que ce soient les nôtres.


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