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mercredi 25 avril 2007 11:20

  • cinéma

« Destricted », la branlette ébranlée

Sept artistes empoignent la question du sexe au cinéma. Ou comment l’industrie du porno s’est diffusée dans tous les domaines du quotidien.

par Philippe Azoury

tags : sexe , court-métrage

We Fuck Alone, de Gaspard Noé - DR

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Passons sur l’argument publicitaire qui se demande si « la pornographie peut être artistique et si l’art peut être pornographique ? » Se demande-t-on si l’eau est liquide ? Continuer, en 2007, à poser la question en ces termes, c’est perpétuer dangereusement la conception antique du sexe comme continent sale et celle de l’art comme continent propre. S’étonner (même positivement) de leur union, c’est abandonner des générations d’artistes modernes et contemporains (sans remonter jusqu’à Courbet), des siècles de littérature (sans remonter jusqu’à Virgile) et des décennies de cinéma (de Bénazéraf à Breillat).

Le sexe est un objet de représentation. La représentation, qui est l’ennemi naturel du caché, n’a jamais pu se retenir de montrer (Pompéi, c’est la dernière à gauche). De là, une sexualité toute neuve a-t-elle pu s’engendrer avec le porno ? Cela, Destricted y croit dur comme fer. Et c’est le commencement de sa proposition. A prendre l’habitude de se voir baiser, l’être humain aime autrement. Au travers des couches infinies de virtualités, entre les fantasmes que l’on se fabrique seuls et ceux dont les images nous arrosent, se sont constitués de nouveaux habitus, des comportements sans innocence, mais curieux comme pas deux. Et si Destricted , en prenant le pari de rassembler sept interventions d’artistes sur le sujet, est un projet réussi, donc cohérent, c’est que l’intérêt s’est décentré : comme si soudain il ne s’agissait plus de filmer des culs (ça, c’est le travail de la machine pornographique et sa puissance de frappe est sans égal), mais de tirer un portrait du spectateur qui se branle, une image d’une humanité née avec le porno, après le porno, ou depuis le porno. C’est-à-dire depuis ce savoir sur la mécanique compliquée de nos désirs, qu’il n’a de cesse de mettre en jeu.

Ce que l’art puis à son tour la psychanalyse avaient dévoilé, le porno l’a fait pénétrer violemment dans notre quotidien. Le porno est la première industrie à proposer un savoir sur nous-mêmes. Là où il est passionnant pour un contemporain, a fortiori un artiste, ce n’est plus tant dans sa représentation plastique des corps, mais dans sa pénétration économique, sinon totale, des cerveaux et des mentalités. Que certains ne le supportent pas en dit long sur la teneur même de ce qui s’y dit.

Il n’y a sans doute pas de sujets plus ouverts pour un artiste aujourd’hui que ces mutants ébranlés que nous sommes. Que l’écrivain Mel Agace et le critique d’art Neville Wakefield (les deux initiateurs de Destricted) aient choisi de demander quelque chose à Matthew Barney ou à Richard Prince tombe sous le sens, Barney ayant d’ailleurs, d’entrée de jeu, réussi avec Hoist à inventer une nouvelle démesure au fantasme : un homme copule avec un élévateur de 50 tonnes. Burroughs et Ballard provoqués sur leur propre terrain. Dans le vertigineux House Call, un found footage (1) de 12 minutes fait à partir d’un sexy made in California et très marqué années 80, Richard Prince ravale et recrache (images recadrées, refilmées à même la téloche, désynchronisées de leur son d’origine), traduisant avec quelle violence sismique ce magma grouillant travaille notre intérieur.

Larry Clark est de nouveau grand, bonne nouvelle. En 38 minutes d’Impaled , il a retrouvé ce don de la proximité qu’il avait laissé dans le vestiaire de son décevant Wassup Rockers. L’idée, c’est d’interviewer des jeunes Américains castés après annonce sur le Net pour jouer dans un porno professionnel-amateur. A la façon d’un programme de téléréalité (Bachelor, Love looser), l’heureux élu devra à son tour se choisir une partenaire parmi la tripotée de hardeuses qui lui sont présentées, avec lesquelles l’heureux Casanova devra discuter avant d’agir. En provoquant cette parole (pauvre, sans doute, héritière malchanceuse de siècles de puritanisme), Clark livre, en filigrane, plus d’informations sur l’Amérique qu’il ne s’en trouve dans tous les éditos de la planète. Du moins si on continue d’envisager, depuis Lyotard, l’économie libidinale comme un dispositif pulsionnel qui déborde la seule sexualité.

Que cette débauche de pornographie ne change rien toutefois à la solitude sexuelle est le constat de deux autres films, plus mineurs, le Death Valley de la vidéaste Sam Taylor Wood (un garçon se frotte contre le sol de la terre la plus aride du monde sur fond de blues électro signé Matmos) et le frontal We Fuck Alone de Gaspard Noé, montant en parallèle une fille qui se caresse avec une peluche et un garçon qui enconne une poupée gonflable. Le film impose au spectateur un battement stroboscopique de l’image, simulant la transe dépravée, liant sexe et violence. Deux autres films (signés Marina Abramovic et Marco Brambilla) déséquilibrent un tantinet l’ensemble, sans pourtant en désamorcer l’impact.

(1) Oeuvre réalisée en utilisant des bouts de films prééxistants.

A lire également sur Ecrans :
- Les « fakirs » enfoncent le clou du porno (25/04/2007)


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  • « Destricted », la branlette ébranlée

    28 mai 2007 16:19, par Josquin
    Enfin les vidéastes arrivent au cinéma "grand public". Après un "Zidane" étonnant de Philippe Parreno, et quelques rares autres (Drawing Restraint 9 de M. Barney), "Destricted" nous propose de confronter cinéastes et vidéastes. Quoi de plus jouissif que de voir Marco Brambilla (réalisateur de Demolution man) s’essayer avec intelligence à l’experimentation plutôt réussie à mon grand étonnement. Destricted permettra de découvrir ou redécouvrir un Larry Clark en très grande forme, un Gaspard noé faisant du gaspard noé manquant de renouvellement malheureusement, et des vidéastes enfin dévoillés au cinéma (Marina Abramovic,...). A voir donc absolument, ne serait-ce que pour son audace.

 

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Destricted
de Larry Clark, Matthew Barney, Gaspar Noé, Richard Prince, Marina Abramovic , Marco Brambilla, Larry Clark, Sam Taylor Wood
1h55
www.destricted.com
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