mercredi 12 décembre 2007 16:30
Deux blogtrotteurs autour du globe
par Erwan Cario
(c) Fred Kihn
Ils sont arrivés sur l’île de Tuvalu. On les a suivi depuis l’aéroport de Roissy le 6 décembre, puis à Los Angeles et Suva, la capitale de Fidji. A chaque étape, une ou plusieurs vidéo sur où ils nous donnent de leurs nouvelles ont été mises en ligne sur blogtrotters.fr. Ils seront de retour à Paris le 16. Les blogtrotters, Tristan Mendès-France, 37 ans, et Alban Fischer, 25 ans, s’intéressent cette fois-ci aux réfugiés climatiques. Petit pays de 11000 habitants avec une altitude moyenne de 1,5 mètres, Tuvalu pourrait en effet disparaître d’ici une vingtaine d’années à cause de la montée des eaux. « c’est un cas d’école, explique Tristan Mendès-France. Ca n’est jamais arrivé qu’un pays disparaisse géographiquement. Ce qui va se passer va être ubuesque ». Pour leur cinquième escapade, les blogtrotters ont choisi d’illustrer à leur manière la conférence sur l’environnement qui se déroule à Bali du du 3 au 14 décembre. Ils sont partis pour la première fois il y a un an pile. C’était au Cambodge, pour évoquer avec les habitants le génocide khmer. Alban Fischer se souvient : « L’idée de blogtrotters est venue d’une petite vidéo qu’on avait fait très rapidement dans la rue. C’était juste une blague. On l’avait fait à 14h, en ligne à 15h30. Et à 20h, il y avait 6000 personnes qui l’avaient vu. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire. » D’où ce projet de vidéo-blog-reportage-participatif. Une dizaine de jours à un endroit de la planète et une ou plusieurs vidéos quotidiennes de quelques minutes où ils racontent leur périple ou font parler des intervenants sur le sujet de leur reportage. Après le Cambodge, ont suivi la Turquie sur le génocide arménien, le Tchad à propos du Darfour et New-York pour la commémoration du 11 septembre. Souvent les internautes spectateurs participent à la préparation du voyage, en fournissant pistes et contacts, voire même influent sur le déroulement même du séjour. Alban Fischer se rappelle : « En Turquie, un internaute nous a demandé si les manuels scolaires traitaient du génocide. Le lendemain, on allait voir un maître de conférence à l’Université de Galatasarai pour le lui demander ». Financièrement, ils fonctionnent pour l’instant avec un mélange de subventions et quelques partenariats, comme avec l’INA pour le Tchad. « On fonctionne encore vraiment avec des bouts de ficelle, avoue Fischer. Mais on va essayer de rendre ça plus pérenne. » Leur plus grande fierté jusqu’ici est de ne jamais avoir été pris à défaut techniquement. Quelles que soient les circonstances, ils ont réussi à mettre en ligne textes et vidéos. « On y passe beaucoup de temps, même si les gens ne le voient pas, raconte Tristan Mendès-France. Pour le Tchad, tous les deux-trois jours, on a failli ne plus pouvoir émettre. Du coup, la technique prend une importance démesurée dans notre projet. On ne peut pas vraiment le montrer, parce que notre démarche, c’est quand même autre chose. » Il explique : « L’idée, c’est de voir ce qu’on peut faire avec ces nouveaux outils à notre disposition. Là où on a le plus gros travail à faire, et c’est là le plus excitant, c’est le travail journalistique et éditorial. On a encore des gros progrès à faire pour raconter une histoire. Mais ce n’est pas évident. Plus on écrit, plus on bride pour coller à la préparation, moins on laisse de place au hasard. » A terme, ils aimeraient pouvoir émettre de n’importe où sur la planète. « Pour ça, il nous faut une balise satellite, explique Alban Fischer. C’est cher, mais encore à peu près abordable. » Tristan enchaîne : « Ce serait extraordinaire d’émettre à partir d’endroits où on ne peut pas émettre, comme en pleine jungle ou au milieu de la banquise. » On l’a compris, les blogtrotters n’ont pas l’intention de s’arrêter de si tôt. Ils parlent déjà du Kirgistan, des inuits, du Bangladesh, de l’Argentine ou de l’Ukraine. Tristan Mendès-France sourit : « C’est grisant de se dire qu’avec très peu de moyens, on peut faire ce qu’on fait. C’est vraiment à la portée de tout le monde. On doit juste se demander : “Ou est-ce qu’on va aller sur la planète ?” »
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