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jeudi 17 mai 2007 10:54

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« Dexter », sang pour sang réussi

par Bruno Icher

tag : série

DR

Peut-on imaginer en France un programme conçu pour déranger ? Une fiction écrite et réalisée afin, précisément, d’instiller un malaise poisseux auprès d’un public qu’il ne faut pas brusquer ? Une série dont la vertu n’est pas, comme un Julie Lescaut, de rassurer les masses populaires sur l’efficacité des services de police ? Difficile à envisager, non ?

Dexter a été lancé sur la chaîne américaine Showtime à la rentrée 2006. Le personnage principal, Dexter Morgan, qui est aussi le narrateur en voix off, est un rat de laboratoire, un solitaire. Son travail d’anonyme consiste à analyser les tâches de sang sur les scènes de crime pour la police de Miami. On est loin de l’omniscience vaguement totalitaire des Experts, et tant mieux. Dexter est joli garçon, calme, solidement introverti, mais consciencieux dans son travail et serviable dans les faméliques relations qu’il entretient avec d’autres êtres humains. On se doute que tout cela n’est qu’une existence alibi, mais pas à ce point-là. Dexter est, aussi, un tueur en série. Régulièrement, il doit répondre à l’appel du sang, faisant subir à ses victimes un sort épouvantable avec tout un tas de jolis instruments chromés et tranchants, dont certains électriques.

Apportant la contradiction aux thèses du nouveau président de la République, Dexter n’est pas né comme ça. On ignore (pour l’instant) les causes obscures de sa névrose, mais on comprend vite qu’il n’a pas le choix. Il doit tuer. Et ce n’est pas tout : l’humanité le répugne, l’amitié est un concept vague, et l’hypothèse d’avoir des relations sexuelles l’enthousiasme autant que de changer un pneu crevé. Mais Dexter a appris à se camoufler dans le monde « normal ». Il sourit aux vannes beauf de ses collègues, encourage sa petite soeur à mener sa carrière de flic, et il a même trouvé le foyer idéal en la personne d’une divorcée, traumatisée par un mari violent, qui ne veut plus entendre parler de parties de jambes en l’air. Ainsi va Dexter, la monotonie faite homme entre deux brusques flambées de violence barbare. Son petit manège bien rôdé est perturbé par l’irruption dans le panorama d’un autre tueur en série qui va mobiliser toutes les forces de police du coin. Dont lui-même.

La trame est tirée de l’oeuvre de Jeff Lindsay, auteur de romans plutôt médiocres et complaisants. A l’écran, c’est tout le contraire. Scénarisée par James Manos Jr, un vieux routier de la série US ( Sopranos, The Shield, tiens, tiens), et tournée par Michael Cuesta (réalisateur au cinéma de L.I.E. et Twelve and Holding), qui filme Miami la décadente avec sensualité, la série a aussi hérité de Michael C. Hall dans le rôle titre. Il était le frère gay de la famille de croque-morts de Six Feet Under. Il fait ici une démonstration impressionnante de subtilité, distillant un trouble sentiment d’attirance et de répulsion à l’égard de ce « héros » qu’il est impossible de qualifier de positif.

Dans ce registre, The Shield avait jadis ouvert la voie. Dexter va plus loin, qui provoque sans cesse chez le spectateur une sourde culpabilité. Culpabilité à s’amuser de sa maladresse burlesque dans ses relations avec autrui. Culpabilité à éprouver un soulagement quand il échappe à des situations dangereuses. Culpabilité, surtout, à voir Dexter assouvir ses pulsions criminelles. Car, comble de perversité scénaristique, le petit monstre sait choisir ses victimes. Ses proies sont uniquement des individus que personne ne regrettera. Assassins, violeurs, sadiques, pédophiles, trafiquants d’esclaves. Des salauds, des vrais... Sauf que Dexter ne tue pas ses victimes parce qu’elles le méritent. Il les choisit parce que ça l’arrange. A chaque spectateur d’y trouver sa morale. Bon courage.

A lire également sur Ecrans :
- Serial Dexter (23/01/2007)


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  • « Dexter », sang pour sang réussi

    15 juin 2007 17:41, par c0c0yE
    je trouve cette serie de qualité j’aprecie l’acteur principal qui jouait aussi dans six feet under.je ne suis pas en accord avec l’analyse faite je n’aime pas le cotés apologie de la vendetas faite dans cette serie comme je la deplorais deja dans le film incassable se genre de pensé est recurente dans les series americaines je trouve que c’est brosser dans le sens du poil des boffs comme c’est fait dans julie lescaut
  • « Dexter », sang pour sang réussi

    31 mai 2007 00:34, par Vince
    Porquoi comparer ca à " the shield" "les experts" et surtout "lost" ??? J’aurais pensé au Sopranos en premier lieu. Pour le côté noir, et aussi pour le fait d’apprécier quelqu un de pas appréciable. "L’intrigue principale progresse encore moins rapidement que celle de Lost (c’est dire...)". Désolé mais après une saison on comprend beaucoup de chose et on a pas l impression de se faire prendre pour des crétins contrairement à lost...Chaque fin d épisode est bien faite, j’ai pas le sentiment qu’ils ont coupé au bout de 50min pour le faire et ca je trouve que c est vraiment agréable. Les acteurs sont bons, la musique et superbe et le scénario j’en parle pas...Je me sens aussi exité que pendant un film des frères Coen c’est pour dire... Bref, superbe série qui sort du lot, j’attend la suite avec impatience.
  • « Dexter », sang pour sang réussi

    24 mai 2007 10:08
    L’aspect « Forensic » est totalement marginal, c’est une vraie comédie noire ; même si le rythme est assez lent il faut laisser le temps à l’histoire principale d’avancer et à Dexter de découvrir son passé et des parts de sa personnalité qui lui était inconnue.
  • « Dexter », sang pour sang réussi

    23 mai 2007 20:27, par Follachats
    Boff ! Beaucoup de bruit pour rien... Après un premier épisode fort sympathique (à dire vrai trop sympathique, je le voyais beaucoup plus ambigü le bougre) on sait que l’intrigue va circuler entre "le forensic" de jour et "le loup-garou au visage d’ange" la nuit... L’acteur est excellent, mais les scénaristes étaient bien mieux inspirés dans "the shield". Il a beau déclamer qu’il ne ressent rien, le bien brave, on ne le croit pas une seconde, et c’est là où le bât blesse... Je préfère donc "the shield" et "les experts" tous azimuths que ce Dr Jekyll et Mr Hyde du pauvre...
  • « Dexter », sang pour sang réussi

    22 mai 2007 16:46, par pierre
    C’est vrai qu’esthetiquement c’est assez sympa, la photo est belle, les actrices jolies mais c’est lent... tres lent... L’intrigue principale progresse encore moins rapidement que celle de Lost (c’est dire...). On retrouve aussi un peu de CSI (Les experts) et egalement de "Crossing Jordan". Perso, je commence a me lasser de toutes ces series sur la police scientifique et avec les legistes en vedette. Pour les fans d’action preferez "The Shield" mais tout ca reste en dessous des "Sopranos" dommage que ca s’arrete bientot...
  • Une série qui tue

    17 mai 2007 12:58, par Gertrude
    Le tout 1er épisode donne le ton. Appelé sur les lieux d’un crime atroce, le forensic Dexter s’extasie en voix off sur le travail "original" de la scène. Il enrage même de ne pas avoir eu l’idée avant ! Tel est l’humour sombre de la série, soutenue par la performance impressionnante de l’acteur Michael C. Hall. Outre l’exploit de nous faire oublier son rôle dans Six Feet Under, il réussit presque à nous attendrir sur un personnage hypersadique dans l’ombre, et maladroit et timide dans la lumière. Le concept, les scénarii, la photo sont bien ficelés. On se suprend ainsi à suivre avec intérêt les aventures de ce tueur en série de tueurs en série qui mène une vie quasi ordinaire. Puis, soudain, c’est la piqûre de rappel : ça gicle, ça fait du bruit, on grince des dents. On avait oublié que, lui aussi, c’était un tueur, et pas le plus gentil. Le loup dans la bergerie n’a jamais été si séduisant...

 

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