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jeudi 18 février 2010 17:14

  • télévision

Dexter, un genre de loup solitaire

par Alexandre Hervaud

tag : série

DR

Dexter Saison 4, épisodes 1 et 2/12, Canal +, ce soir à 20 h 35 ; saison 1, ép. 1 et 2/12, TF1, à 23 h 25.

Souvenez-vous, c’était le 17 mai 2007. L’œil encore torve de la nouba de la veille (pot de départ de Jacques C. à l’Elysée, Nicolas S. qui s’y installe officiellement, chouette), voilà que Canal + nous gratifiait d’une série totalement cohérente avec la tolérance zéro prônée par le nouvel élu. Jugez plutôt : un zigue vengeur, flic de jour, prend les armes à la nuit tombée pour dessouder du malfrat (violeur, pédophile, assassin) passé entre les filets de la justice.

Dexter Morgan, policier scientifique de Miami (incarné par l’épatant Michael C. Hall), devenait dès lors l’un des antihéros les plus marquants de la télévision contemporaine.

Diffusée sur la chaîne américaine Showtime depuis l’automne 2006, Dexter vaut heureusement bien plus que le postulat limite réac cité plus tôt, même si le show rappelle davantage les vigilante movies de Charles Bronson que les Experts. Adaptée d’un roman de Jeff Lindsay, la série créée par James Manos Jr est devenue depuis 2007 l’une des têtes de gondoles de la chaîne cryptée. Canal + propose ce soir en prime-time la saison 4, inédite. Hasard (ou pas) du calendrier, c’est également ce soir que TF1 programme, pour la première fois en clair, la première saison de Dexter.

Cette arrivée sur la chaîne de Navarro tient véritablement de l’Arlésienne, puisqu’elle est annoncée depuis plus de deux ans. Et avec elle son lot d’inquiétude : la série, assez violente, passerait-elle à l’antenne sans passer sous les gros ciseaux ? « Nous diffuserons bien la version originale, et dans l’ordre », promet une responsable de la chaîne, qui précise que les seules coupes visibles à l’écran seront celles causées par Dexter sur la chair de ses victimes.

Arrivé à ce stade, le rédacteur du présent article est un peu coincé, comme qui dirait le cul entre deux chaînes. Difficile d’évoquer la saison 4 sur Canal + tout en préservant la surprise aux retardataires qui se coucheront tard pour découvrir les premiers méfaits de Dexter sur la Une. Autant le dire tout de suite, le choix n’a pas été trop dur : désolé pour les néophytes, mais on va spoiler sévère en s’adressant désormais aux fans des trois premières saisons. Vous êtes prévenus.

Voilà, maintenant qu’on est entre nous, parlons peu, parlons bien : elle était pas géniale, cette saison 3, non ? Pas imbuvable non plus, ça faisait plaisir de retrouver Jimmy Smits (NYPD Blue) dans un second rôle de choix, mais l’ensemble n’était pas au niveau des deux premières saisons. Et la simple idée de retrouver un Dexter marié à une Rita enceinte jusqu’au cou laissait présager le pire. Dexter, papa poule, sans blague ? Franchement, à part un certain potentiel de slogans rigolos pour les pubs dans le métro (« C’est l’heure du bain. De sang. »), le choix scénaristique semblait risqué. bébé insomniaque.

Et bien les mécréants que nous sommes avaient tort. Sans aller jusqu’à dire que cette quatrième saison est exempte de défaut, l’intérêt pour le personnage principal est approfondi avec sa nouvelle casquette paternelle. Le petit Harrison (c’est le nom du bambin) est introduit dès la première scène, remake du pilote de la série où les cris de bébé insomniaque remplacent les hurlements de douleur de macchabées en devenir.

Dexter vs Trinity - DR

Et, à propos de cadavres, le body count de la saison est massif, puisqu’une fois de plus Dexter a de la concurrence. Surnommé Trinity Killer, son confrère meurtrier quinquagénaire va lui mener la vie dure. Impeccablement joué par John Lithgow, vu chez De Palma (Blow Out), ce tueur s’impose comme l’un des meilleurs personnages de la série. Par charité, on passera sous silence la fin totalement « OH MON DIEU !! » que réserve l’ultime épisode, et qui risque d’en surprendre quelques-uns.

Un cliffhanger qui n’a d’égal que le suspense, dans la vraie vie celui-là, entourant l’avenir de la série. Michael C. Hall, star et coproducteur, a annoncé il y a peu qu’il se battait contre un cancer, en voie de rémission. Qu’il se remette vite, la prochaine saison est déjà prévue pour septembre aux Etats-Unis.

Publié dans Libération du 18/02/2010


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