jeudi 26 août 2010 15:50
Discrètement, le Bronco sort
tag : science-fiction
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Il y a quelque chose d’assez troublant de voir l’affiche française de Gentlemen Broncos axer sa – quasi-inexistante, certes — communication sur le réalisateur du film, le talentueux Jared Hess. C’est peu dire que le metteur en scène de 31 ans, originaire de l’Idaho, n’a jamais vraiment eu les faveurs du public français. Ou plutôt des distributeurs français. Son premier long-métrage, l’excellent teen movie Napoleon Dynamite, archi-culte outre-Atlantique, est en effet toujours inédit en France, huit ans après sa réalisation : jamais sorti par ici, ni en salles ni en vidéo (sauf en import, bien sûr). Son deuxième effort, Nacho Libre avec Jack Black, a quant à lui bénéficié d’une discrète sortie en salle (sous le titre Super Nacho) en 2006, soldée par un bide. On peut donc s’étonner de voir sur le poster français de Gentlemen Broncos la mention suivante en haut du visuel : « par le réalisateur de Nacho Libre et Napoleon Dynamite ». Evoquer un film qui s’est viandé au box-office (et sous son titre original !) et un autre 100% inédit, voilà qui relève de la prise de risque en terme de promo. Les pertes ne seront de toute façon pas abyssales : bénéficiant d’une simple sortie technique, Gentlemen Broncos n’est visible que sur 8 copies en France !
Mais assez râlé sur la distribution du film, les amateurs de comédie américaine contemporaine sont hélas habitués à un tel traitement, et parlons plutôt du film. L’histoire est celle de Benjamin, un ado fan de SF. Lors d’un festival, il participe à un concours d’écriture, dont le juré n’est autre que son idole, l’auteur Ronald Chevalier (incarné par Jemaine Clement, la moitié du duo Flight of the Conchords). Sauf que Chevalier, qui a promis à son éditeur un nouvel opus, manque totalement d’inspiration et s’accapare son récit, The Bronco Years. Il y est question d’un valeureux aventurier (Bronco) aux prises avec des monstres, etc. Et pendant que Chevalier réécrit à sa sauce les aventures de Bronco, un cinéaste amateur propose à Benjamin d’adapter au « cinéma » (comprendre avec un camescope pourri) son manuscrit... Gentlemen Broncos, pur hommage aux films de SF des années 50 et 60, voire même aux serials encore plus anciens et aux nanars savoureux, se déroule donc dans plusieurs niveaux narratifs : au delà de l’histoire « réelle » des tribulations d’un geek mal dans sa peau (Benjamin, donc), on suit les aventures de Bronco (l’épatant Sam Rockwell, vu dernièrement dans de la SF plus sérieuse avec Moon) dans trois univers totalement différent : celui, plutôt sérieux, du manuscrit imaginé par Benjamin ; celui, cheap et ringard à souhait, du film amateur produit à l’arrache par ses potes ; et enfin, celui tout flashy et crypto-gay de la relecture torchée par Ronald Chevalier. Si cela vous paraît obscur mais que vous avez tout de même suivi sans décrocher Inception, pas d’inquiétude, vous comprendrez à l’image. Si l’équilibre entre le teen movie rural avec famille dysfonctionnelle à la clé (très proche de Napoleon Dynamite dans le genre d’ailleurs) et les délires référentiels n’est pas toujours bien géré, le film convainc malgré tout. Dans le rôle de l’ado solitaire imaginatif, Michael Angarano, vu dans Lords of Dogtown, assure et prouve au moins une chose : en 2010, les teen movies américains ne sont pas condamnés à avoir Michael Cera en rôle principal. Ironiquement, le décevant Be Bad (alias Youth in Revolt), avec l’éternel dadais teen, sort à son tour la semaine prochaine en France, mais dans une combinaison de salles non négligeable, lui. Fayot !
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