jeudi 8 février 2007 12:50
Dites-vous l’Internet, Internet ou internet ?
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tag : Professeur Scrine
©Yann Valeani
Toutes les deux semaines, en alternance avec Miss Gloss, retrouvez les précisions linguistiques du Professeur Scrine.
Alors qu’une commission va bientôt délivrer des « labels de qualité » aux sites web français, on me demande encore, plus ou moins ouvertement il est
vrai, des précisions langagières : « Professeur, ils veulent nous enlever jusqu’à l’article de l’Internet, comment pouvez-vous les laisser faire ? » (Marie de L., francophile) ; « Scrine, on va vraiment finir par passer pour des buses si vous ne légiférez pas dans notre gazette contre cet article à la con devant Internet » (Bruno I., manie-tout). Des traces du débat sur l’usage du terme « internet », avec ou sans article, avec ou sans capitale, on en trouve depuis la démocratisation du Web, autour de 1995. Et encore maintenant, alors que près de 30 millions de Français
sont régulièrement connectés au Réseau, la question, toujours d’actualité, révèle l’habituel débat d’idées autour des technologies non encore assimilées. Ainsi, Bruno I. manie-tout renommé et homme de plume, estime que l’article a une connotation précieuse, qui « tient l’objet à distance » tandis que Laure C., webmaîtresse, y voit au contraire un moyen de s’approprier une entité abstraite et impalpable. « Dire l’Internet, c’est une manière de chosifier un univers sans frontière qui, quelque part, nous fait peur. On a la télévision, le téléphone et l’Internet. » D’autres vous diront que c’est l’usage anglophone (« the Internet ») qui a glissé dans l’Hexagone. Tous, en tout cas, ont un avis sur la question, preuve qu’il s’agit, finalement, de notre propre
position par rapport à l’objet qui est ici en cause. Demandez autour de vous, vous verrez apparaître des positionnements
types sur cette simple question de l’article :
En ce qui nous concerne, ici, à Ecrans, nous profiterons de ce jour de débat pour officialiser l’usage – qui, finalement, loin des débats d’idées, nous paraît la seule légitimité envisageable – pour valider une pratique généralisée : un Internet capitalisé (ouell…) et sans article. Vous voilà prévenu. Bonne quinzaine sur vos écrans.
- celui de l’utilisateur régulier, pour une universalité de la Toile, de la technique, du monde moderne, le progressiste en somme, ou déclaré tel, plutôt baba-cool – et pourtant très souvent intransigeant en ce qui concerne cet usage (faut-il y voir une contradiction ?) ;
- celui de l’utilisateur, régulier ou non, mais garant d’un certain savoir (informaticien, professeur, traducteur, etc.), qui voit dans l’article controversé un non-objet de débat tout en continuant de prôner son usage ;
- enfin, l’internaute venu peut-être tardivement au Web, et pour qui la domestication de ce « monstre » protéiforme passe par une langue normée et, en l’occurrence, un article posant des limites (le : article défini) – « ce qui s’énonce clairement se conçoit bien ».
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