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jeudi 1er novembre 2007 11:19

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Divins robots

A Enghien-les-Bains, le monde trouble des automates.

par Marie Lechner

tags : exposition , art numérique

FT, le premier robot bipède féminin - DR

Chroino est un robot humanoïde de 35 cm, tout ce qu’il y a de sympathique. Devant le public épaté, son créateur, Tomotaka Takahashi, fait une démonstration. Le robot tout droit sorti d’un manga, se relève d’une main et se pavane en roulant des mécaniques. Frimeur, il va jusqu’à effectuer une planche en équilibre sur une jambe. Le joyau technologique, troublant double humain miniaturisé, se distingue des autres robots par sa démarche naturelle, fluide, mimant celle de l’homme. Le directeur du laboratoire de recherche Robo Garage, où il crée ses prototypes, souhaite imprimer une personnalité à ses robots, qu’il considère comme « le futur compagnon de l’homme ». Ces robots, de plus en plus habiles, adulés par les Japonais, sont regardés avec fascination et méfiance dans la culture occidentale, ranimant cette crainte latente d’une substitution à l’homme du robot.

Marqué par Astro le petit robot, l’ingénieur de 32 ans s’inspire de l’esthétique des dessins animés pour modeler ses créatures. Il vient d’achever le premier robot bipède féminin, FT, également présenté dans le cadre de l’exposition au Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Silhouette cambrée, FT arpente le podium avec force déhanchements, grâce à vingt-trois moteurs contrôlés par ordinateur intégré… Sa démarche, un poil caricaturale, s’inspire de celles des mannequins qui lui ont servi de modèles, précise le créateur soucieux de féminiser l’univers presque exclusivement masculin des robots.

Chroino - DR

Ceux de Takahashi ont remporté toutes les éditions de la Robocup depuis 2004, grâce notamment à ses gardiens de but très adroits qui se jettent au sol pour intercepter la balle. L’objectif de ce tournoi international de robotique est d’arriver à créer une équipe de foot robotisée capable de battre l’équipe de foot championne du monde d’ici 2050… D’ici six mois, Takahashi espère finaliser un robot capable de courir. De l’objet de loisir à l’objet de culte, ces robots japonais kawaï offrent un touchant contraste avec les automates hindous low tech présentés à l’étage par Emmanuel Grimaud, docteur en ethnologie, versé en cinéma de Bollywood.

Ces automates de divinités, malgré leur apparence surannée et leurs mécanismes faits de bric et de broc, ne sont pas une survivance du passé, mais une invention récente. Apparus il y a une quinzaine d’années en réaction au cinéma bollywoodien et à ses effets spéciaux, ces automates de plus en plus sophistiqués ont pour mission d’attirer les fidèles défaillants aux processions et de renforcer la dévotion. « Les plateformes rituelles dédiées aux divinités ont fait l’objet d’une petite révolution technologique lorsque les artisans ont commencé à y introduire des dieux mécanisés aux mouvements lancinants », explique Grimaud, qui a filmé leur processus de fabrication depuis la conception dans les ateliers de sculpteurs et de mécanique jusqu’à la mise en place des théâtres animés.

Ils ont d’abord automatisé les petits artefacts de décoration, puis les animaux, avant d’étendre la machination à l’ensemble du Panthéon. Le visiteur peut actionner des cobras qui agitent clochette ou cymbale, un paon qui fait la roue au ralenti, des têtes animées par des moteurs de ventilateur. Il peut faire marcher le nain léthargique Vaman, incarnation de Vishnu, sur un globe en rotation à la reconquête du monde envahi par le démon Bali.

Contrairement à celle des robots japonais, la démarche est ici antinaturaliste ; les artisans ne cherchent pas à imiter le mouvement humain mais à imaginer le mouvement divin. « Les dieux, explique Grimaud, contrôlent et libèrent les énergies cosmiques, dont il faut arriver à traduire, par la mécanique, les mouvements subtils. » Les artisans recherchent la vitesse hypnotique à partir de laquelle l’attention est captée. Le ralenti créé cette impression de présence divine, il « rend le mouvement plus grand que nature », un procédé utilisé dans les films d’horreur pour créer le suspense. L’animation est minimale, un roulement d’yeux, un frétillement de phalange, une langue qui pointe… Et ça marche : jamais il n’y a eu plus de monde aux fêtes de Ganesh. Les Hindous ne s’offusquent pas de voir leurs divinités ainsi « robotisées », semblant avoir ce même rapport détendu aux créatures artificielles que les Japonais.

Vers l’infini et au-delà !
Tomotaka Takahashi / Emmanuel Grimaud
Du 24 octobre 2007 au 6 janvier 2008
Centre des arts d’Enghien-les-Bains
12-16, rue de la Libération, Enghien-les-Bains
www.cda95.fr


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