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mercredi 26 août 2009 20:18

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Do it yourself (3/5) : Les hackers, génération débrouille

Do it yourself (DIY), mais avec les autres. Les hackerspaces, qui fleurissent un peu partout dans le monde , sont des temples de la débrouille.

par Marie Lechner

tags : hacktivisme , Do it yourself , hacking

Montage de l’imprimante 3D au Hacker Space festival de Vitry-sur-Seine, en juin. PHOTO CYRIL CAVALIÉ

Une petite flèche peinte sur le bitume signale l’entrée du Hacker Space festival, en bordure de la voix de RER, dans les effluves nauséabonds des cheminées du complexe pharmaceutique Sanofi Aventis à Vitry-sur-Seine. L’environnement peu amical ne semble pas miner l’enthousiasme qui règne dans la cave du 6 bis, friche artistique dans un dépôt de chemin de fer désaffecté, qui abrite le premier hackerspace français, le /tmp/lab. Dans cet atelier public de création de technologies et de recherche bourdonnant, on manie le fer à souder, on modifie des circuits électroniques, on programme, mais on apprend aussi à fabriquer un four à énergie solaire, un générateur d’électricité éolien, des savons et sodas ou encore à cultiver ses propres bactéries pour obtenir du kéfir

La centaine de participants, artistes, codeurs, activistes, sont venus d’une dizaine de pays européens pour partager leur savoir-faire lors de cette deuxième édition qui a eu lieu fin juin. Un festival de hackers, au sens large du terme, qui dépasse le simple rassemblement de surdoués de l’informatique. « Pour beaucoup, le hacking c’est l’intrusion illégale dans une machine. C’est très réducteur. C’est plutôt une utilisation créative, décomplexée et démystifiée de la technologie », tient à préciser son organisateur Philippe Langlois, expert en sécurité informatique. « Dans tous les domaines, on essaye de faire des choses avec nos propres moyens, sans dépendre d’une grosse société. C’est un peu comme dans l’open source, si quelque chose est défectueux, on trouve un moyen d’y pallier. Ensemble, on est capable de l’améliorer. »

Do it yourself (DIY), mais avec les autres. Les hackerspaces, qui fleurissent un peu partout dans le monde (on en recense plus d’une centaine), sont des temples de la débrouille, engagés dans l’accès et la réappropriation des outils technologiques, militants de l’open source, en lutte contre le savoir propriétaire.

Au sous-sol, Alexandre Korber, webdesigner, est en train d’assembler une imprimante 3D, un appareil qui permet de construire un objet en plastique en trois dimensions d’après un modèle numérique er à partir de fils de plastique en fusion. « D’ordinaire, ces machines de prototypage rapide sont réservées à l’industrie de pointe et hors de prix, explique Alexandre, on pense à tort que ce type de technologie est inaccessible. »

Alexandre est un adepte du mouvement RepRap (Replicating rapid prototyper) initié à Bath en Grande-Bretagne par Adrian Bowyer, un universitaire idéaliste qui veut donner accès à cette technologie, visant à créer une machine auto-réplicative, au grand public, dont le slogan est « wealth without money » (richesse sans argent). Il fédère, autour du projet open source, une communauté active de gens intéressés par la robotique, des artistes, des programmeurs.

Séduit par cette possibilité de « concrétiser des formes numériques », Alexandre a construit la sienne avec du matériel de récupération (des moteurs de veilles imprimantes à jet d’encre, une vieille alimentation de PC), un peu d’électronique pour piloter le moteur et une bobine de fil plastique achetée dans un magasin de bricolage. « Pour moins de 300 euros, on peut faire une machine qui permet déjà de fabriquer des bibelots en plastique brut, gobelets, sandales. Le but ultime étant d’obtenir une machine capable de s’autoreproduire entièrement », explique Alexandre, qui estime que c’est un premier pas vers « un petit artisanat du plastique ».

Le mouvement DIY, qui se développe depuis deux ans, a pris de l’essor au-delà de la communauté de hackers qui l’a vu naître. En ces temps de récession, le DIY est une façon de réduire les coûts et de proposer des alternatives à la production de masse. Mettre à disposition des technologies qui permettent de « fabriquer presque tout » sur place est aussi l’objectif des Fab labs (ateliers de fabrication), programme initié par l’Institut de technologie du Massachussets (MIT), dont le but est d’accompagner les projets innovateurs du tiers-monde pour les transformer en prototypes fonctionnels. Il en existe par exemple en Inde, spécialisé dans la fabrication de scanners et imprimantes 3D pour l’artisanat local.

Ebauche. Autre réseau international, celui des Brico labs, ateliers qui se déploient autour du monde pour initier les participants aux technologies libres. Comme le projet Bricophone, piloté par Jean-Noël Montagné, qui vise à créer un téléphone mobile à très bas coût, indépendant des opérateurs privés ou encore la machine à laver open source, pour soulager la plupart des femmes du monde qui lavent leur linge à la main. Une première ébauche low tech alimentée par un panneau solaire a été développée dans le cadre d’un atelier avec les étudiants de l’école d’art d’Aix-en-Provence, avec du matériel de récupération (roue de bicyclette, bambou et moteur électrique d’un vieux photocopieur). Présentée lors de la conférence Lift à Marseille, intitulée « Futur : faites-le vous-même ! », le lave-linge pourrait être assemblé assez facilement dans les pays en développement.

Contrairement à nos contrées, le DIY n’y est pas un choix de vie mais une nécessité et le piratage, une seconde nature. En témoigne, l’incroyable ingéniosité des inventions répertoriées sur le blog Afrigadget, de l’hélicoptère en tôle au four réalisé dans un distributeur de vidéo. Le Ghana a même accueilli, du 14 au 16 août, la première Maker Faire africaine, pour célébrer et s’inspirer de ces bricoleurs du quotidien.


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