Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Le piratage est un danger pour l’avenir de notre civilisation.

Muriel Marland-Militello, députée UMP

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

vendredi 28 août 2009 09:29

  • internet

Do it yourself (4/5) : La Toile relâche les mailles, les points et les motifs

par Marie Lechner

tags : hacktivisme , licence libre , Do it yourself

La machine à tricoter de Dave Cole, au musée d’art contemporain du Massachusetts en 2005. Photo theknittingmachine.com

Qu’est-ce qu’une conférence sur le tricot peut bien faire au milieu d’un congrès de hackers ? La scène se déroule en décembre 2007, à Berlin, à l’occasion de la rencontre annuelle du Chaos Computer Club, l’une des plus influentes organisations de hackers. Devant un parterre viril de programmeurs, Rose White, étudiante en sociologie boulotte, tisse des liens entre le tricot et l’informatique, démontrant comment la pratique contemporaine de la maille se rapproche de la programmation open source.

Avant les années 60, le tricot est largement confisqué par l’industrie qui commercialise et contrôle les motifs via des publications spécialisées. Ces modes d’emploi destinés aux ménagères n’indiquaient pas la quantité de fil nécessaire pour obtenir un pull, mais le nombre de pelotes de leur marque. « Si vous utilisez notre laine et nos aiguilles et faites exactement ce qu’on vous dit, vous obtiendrez le pull en photo dans le magazine, explique Rose White, qui estime que l’industrie du tricot a aliéné des milliers d’utilisateurs de leur savoir-faire. C’est comme comparer Linux et Windows, Linux est une "culture folk" qui se développe grâce aux connaissances partagées entre ses utilisateurs. Windows est une culture propriétaire, il fournit des machines très puissantes aux gens mais leur confisque ce pouvoir en les obligeant à faire comme on leur dit. »

Aux Etats-Unis, le Linus Torvalds (créateur de Linux) de la maille se nomme Elizabeth Zimmerman, une « geek avant l’heure », qui a révolutionné l’art du tricot dans les années 60 en le rendant à nouveau « open source ». Celle qui maniait les aiguilles en toute situation, y compris à califourchon à l’arrière de la moto de son mari, a publié des livres avec des motifs génériques qui ne nécessitaient pas de marque de laine particulière et n’était pas sous copyright. Sa devise était « Tricoter avec confiance et espoir, à travers toutes les crises. » Son objectif : rendre le pouvoir aux tricoteurs en leur permettant de modifier les motifs, d’improviser à partir d’un modèle.

Au même moment, les féministes jettent les pelotes à la poubelle. Elles les considèrent comme un outil du patriarcat pour garder les femmes à la maison. Il faudra attendre le début du XXIe siècle, pour assister à un étonnant retour en grâce du tricot. Le passe-temps de mémé devient tendance.

Internet a largement contribué à ce renouveau, via les blogs, les réseaux sociaux comme Ravelry ou des sites communautaires tel KnitML qui tente de définir un standard universel pour décrire les motifs. Les passionnés y montrent leur travail, trouvent des conseils, échangent leurs savoirs. Ceux qui pensaient que l’horizon se limitait au point mousse découvrent les extraordinaires motifs labyrinthe de Debbie New ou ceux hexagonaux, inspirés de la vie biologique de Norah Gaughan. Certains poussent le Do it yourself à l’extrême, allant jusqu’à filer leur propre laine à partir des poils de leur chien.

On ne tricote d’ailleurs plus exclusivement pour s’habiller mais pour s’exprimer, ce que Rose appelle leGuerrilla Knitting.Des collectifs artistiques comme les Texanes Knitta Please, pionnières du graffiti en laine qui enveloppent les poteaux des villes d’écharpes bariolées, ou les Wool Warriors de Knit the City, qui habillent les cabines téléphoniques londoniennes.

Autre jeu de mailles, une communauté confectionne des mitaines rouges pour la statue de Lénine à Seattle ou des chaussettes pour les chevaux de bronze de Central Park. L’artiste Dave Cole fait tricoter un drapeau américain géant par deux grues manipulant des poteaux de bois dans la cour du Mass Moca. Des milliers d’anonymes laissent libre cours à leur fantaisie, postant leurs créations sur le Web, comme cet appareil digestif tricoté, véritable leçon d’anatomie ou cet utérus en laine rose bonbon.

Certaines de ces confections sont proposées à la vente tels ces adorables céphalopodes signés Hansigurumi, qu’on peut se procurer via des sites de commerce en ligne comme Etsy ou Folksy. Ces plateformes qui permettent aux artisans de vendre leurs créations faites main (vêtements, bijouterie, etc.) connaissent un véritable boom. En 2008, les ventes de biens sur Etsy ont rapporté 88 millions de dollars, contre 26 millions en 2007. Plus de 200 000 vendeurs y ont leur petite boutique et plus de deux millions de clients sont inscrits.

Un engouement qui témoigne d’une certaine lassitude pour des produits fabriqués en masse, coulés dans le même moule. Si les années 90 étaient celles des marques brandies en grosses lettres sur la poitrine, aujourd’hui, les gens cherchent à se différencier en portant quelque chose d’original, d’unique, estime Clive Thompson dans une chronique pour Wired. « La culture numérique a toujours été affaire de customisation et d’individualité : on blogue nos pensées, on met sa vie en photo sur Flickr. Après des années passées à façonner le monde digital pour qu’il s’accorde à notre style, il n’est pas étonnant que nous souhaitions reproduire la même chose dans le monde physique. »

D’après Thompson, grâce à cette révolution de la micromanufacture, les objets qui nous entourent vont être de plus en plus personnalisés. Ce service existe déjà chez Etsy ou Ponoko : le client décrit ce qu’il veut (un pull, un sac, une table), dit combien il est prêt à débourser et des artisans peuvent proposer de lui en fabriquer sur mesure…


Il y a 2 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

hacktivisme - Le site de BFM piraté par des anti-Anonymous

licence libre - Phylacnerds Encyclopégeeks

Do it yourself - Toi aussi deviens un X-Men

article précédent
Jeanneney préfère Gallica à Google
article suivant
Les mini effets de Nonce


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Marie Lechner
  • réactions (2)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • La télé tunisienne, sans transition
  • Ecrans.fr : le podcast anonyme
  • Le ménage « illimité » des opérateurs est pour bientôt
  • La Chine met fin à l’anonymat sur ses réseaux de microblogging
  • Pétitions générales sur le Web

Lib.fr

  • Turkménistan: l'autoritaire chef de l'Etat favori de la présidentielle
  • Débat sur le nucléaire ce soir à Paris
  • La révolution discrète de Force ouvrière à Marseille
  • Plan d'aide: la Grèce espère «une décision positive de l'Eurogroupe»
  • Froid: 52 départements en vigilance orange
publicité

Hum, bizarre...

img75
Les sosies sont six

Vous ne vous êtes jamais dit que votre voisin de train ou de fil d’attente ressemblait à un personnage de fiction ?


Chronophage

Q - Compressing the Heart

« Vous vous réveillez dans un monde différent, après qu’une créature étrange a volé votre cœur. »


Dixit

« C’est un peu comme si vous rajoutiez des dizaines de bières sur le plateau d’un serveur : au bout d’un moment, il tombe. »


De saison

img75
L’hommage de Google à François Truffaut

François Truffaut aurait eu 80 ans ce 6 février 2012. Google en fait donc son Doodle du jour.


Vendredi, à poils !

img75
Avoir un bon copain...


En bref

img75
Stéphane Richard tire sur Free Mobile à boulets orange

Le PDG de France Télécom s’est fait retourner sur le gril par les députés, hier, alternant explications et mises en garde.




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008