vendredi 4 janvier 2008 11:22
Dominique Laffin, fragile esquisse
Un documentaire sur l’actrice disparue en 1985.
par Philippe Azoury
tag : documentaire
Dominique Laffin dans « Liberty Belle » - DR
Dominique Laffin avait de grands yeux tristes, un visage poupon, des formes pulpeuses et une voix noyée. Dans le cinéma français néo-Larzac, cette féministe (elle avait plaqué mari et petite fille, laquelle se prénomme toujours Clémentine : vous la connaissez, sa voix porte désormais haut au sein de la gauche parisienne) avait la fragilité d’une Marilyn. Dans le jeune cinéma d’auteur français des années 80, elle sera une Loulou ombrageuse. Dans le Portrait d’une enfant pas sage que lui consacre Laurent Perrin (travail qui lui a demandé un an de recherche et lui a permis de trouver des documents exceptionnels - on pense avant tout aux rushes vidéo du tournage avec Doillon), ceux qui ont travaillé à ses côtés évoquent à plusieurs reprises un Patrick Dewaere au féminin. Carrière courte, existence dangereuse parsemée de quelques chefs-d’œuvre parmi lesquels le Tapage nocturne de Catherine Breillat (qui hélas ne passe plus nulle part) et le film qui lui valut d’être nominée aux césars en 1980, la Femme qui pleure. Soit juste le plus beau Doillon : 1 h 25 de grâce absolue, de retenue et de douleur entre un homme (Doillon himself) et deux femmes. Celle qui pleure (parce qu’on la laisse), c’est Dominique Laffin. A un moment, elle convoque sa rivale (Haydée Politoff, ex-Collectionneuse chez Rohmer) dans un café de campagne. Au lieu de l’écharper, elle lui montre ses dessins, des dessins d’enfant, d’enfant pas sage. Dans ce portrait presque trop court, Laurent Perrin nous montre lui aussi des dessins que faisait l’actrice. Ce sont les mêmes. Ils racontent la traversée d’une fille qui n’a pas appris à sortir des rôles blessés qu’on lui donne. Le dernier, ce sera justement pour le premier film de Laurent Perrin, Passage secret, où elle mène par le bout du nez une bande de gamins monte-en-l’air. Le 12 juin 1985, soit deux semaines après la présentation à Cannes de ce conte d’été pour enfants terribles, Dominique Laffin décédait d’une crise cardiaque. Ce qui est injuste, à 33 ans.
Dominique Laffin, portrait d’une enfant pas sage de Laurent Perrin
Cinécinéma Culte, ce soir à 18 heures.
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