mardi 8 février 2011 20:06
Douze numéros de séries
par Bruno Icher
tags : série , documentaire , Orange
DR
Showrunners
série documentaire en 12 épisodes
de Virginia Vosgimorukian et Anthony Dubé
Orange Cinémax, ce soir, 22h30
La politique des auteurs est, indirectement, au centre de cette série documentaire qui donne la parole aux showrunners des séries télé américaines. Le showrunner, terme inventé pour justement ne pas dire auteur, est la personne qui met en place le contexte et les personnages d’une série et qui veille à ce que les dizaines d’intervenants qui participent à la fabrication de cette fiction au long cours, de l’écriture au montage en passant par la réalisation, restent bien dans les clous de cet univers imaginaire fragile. Scénariste, dialoguiste, producteur exécutif, le showrunner est un peu tout cela mais, par-dessus tout, il ou elle doit être un sacré emmerdeur pour vérifier que tout s’inscrive bien dans les frontières du projet. En ce sens, est-il l’auteur de la série au même titre qu’un réalisateur peut l’être sur un film au cinéma ? Douze d’entre eux avancent leur réponse à cette question que l’on a cessé de se poser il y a longtemps de l’autre côté de l’Atlantique. Parmi les poids lourds, dès ce soir, Vince Gilligan (X Files, Breaking Bad), puis Alan Ball (Six Feet Under, True Blood), , Shawn Ryan (The Shield), Glenn et Todd Kessler et Daniel Zelman (Damages) sans oublier le grand David Simon (The Wire, Treme) et celui qui a failli devenir dingue au terme de Lost, Carlton Cuse. Bien que consacré à des individus, ce documentaire met en lumière le travail collectif que représente une série, au risque de faire de la peine à la politique des auteurs. « Sans vouloir offenser la merveilleuse nouvelle vague française, je ne crois pas qu’une seule personne ait bâti le pont de Brooklyn ou l’Empire State Building, tout comme une seule personne ne peut pas construire un film ou une série télé », dit Gilligan, showrunner de Breaking Bad, sans doute la série la plus singulière justement de ces dernières années. Un paradoxe ? Pas vraiment. Plutôt une méthode de travail, une machine de guerre redoutable où il s’agit de produire vite et bien, sans état d’âme, chaque professionnel impliqué dans un projet acceptant de se couler dans le moule fictionnel d’origine. Il y a quelques années, un autre documentaire, le Règne des séries, signé Olivier Joyard, critique aux Inrocks, avait interrogé quelques showrunners qui définissaient ainsi l’appétit insatiable d’Hollywood : « Il faut bien nourrir le requin. » Paru dans Libération du 8 février 2011
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