vendredi 10 décembre 2010 10:14
Drucker : Le Pen attendra
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , CSA , France 2
Marine Le Pen en 2007. Photo staffpresi_esj, CC BY SA
Vu que Michel Drucker refuse de la recevoir, verra-t-on Marine Le Pen invitée de N’oubliez pas les paroles sur France 2 pour y entonner le Temps des colonies ? On ne va pas se mentir : il y a très peu de chances. Vieille rengaine familiale : la vice-présidente du Front national, comme son père avant elle, entre en guerre contre la télé qui, juge-t-elle, ne la reçoit pas assez (elle était hier soir dans À vous de juger sur France 2). Début novembre, chez Ruquier, Michel Drucker, qui invite moult politiques sur son aimable divan rouge dominical, déclare qu’il ne recevra pas Marine Le Pen, pas plus qu’il n’a reçu son père. Mardi, de la fumée sort des naseaux de Marine Le Pen. Il s’agit, dit-elle, d’un « véritable scandale » : « Ce que je dis, moi, c’est qu’il y a un service public, que ce service public est financé par les contribuables français et que Monsieur Drucker, comme l’ensemble des autres journalistes qui travaillent sur le service public, ont un devoir. » Sauf que non : Michel Drucker n’a nullement le « devoir » de recevoir ni Marine Le Pen ni aucun autre politique d’ailleurs. À la télé, les temps de parole doivent s’équilibrer en deux grands blocs : la majorité (dont le président de la République) et l’opposition. Dans ce dernier bloc, l’opposition parlementaire, à commencer par le PS ainsi que, pour une bien moindre part, les formations qui ne sont pas représentées au parlement, comme le FN. Leur présence médiatique est, sur le principe de l’équité et non de l’égalité mathématique, fonction de leur nombre d’élus locaux et de leurs résultats aux dernières élections. Ensuite, selon les règles du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le pluralisme se calcule au sein d’une même chaîne et non d’une même émission. Et en fonction de trois catégories : les émissions quotidiennes d’info (JT, Quatre Vérités pour France 2), les magazines d’info (Mots croisés, À vous de juger…) et les « émissions de programme » (tout le reste, dont Drucker). C’est-à-dire que, en cas de déséquilibre dans une catégorie, c’est dans celle-ci qu’il faut compenser. En clair : si le FN avait un retard dans cette catégorie qui inclut le Vivement dimanche de Drucker, alors il pourrait être rattrapé dans n’importe quelle autre émission de cette catégorie : Semaine critique de Franz-Olivier Giesbert ou N’oubliez pas les paroles de Nagui. Enfin, cet équilibre s’apprécie sur un semestre entier, et le CSA relève chaque mois les temps de parole afin que les chaînes réajustent si besoin. Pour l’heure, indique-t-on à France Télévisions, « il n’y a pas de déséquilibre en défaveur du Front national ». Ainsi, début septembre, Marine Le Pen était invitée chez Giesbert, émission qui appartient à la même catégorie que celle de Drucker. Certes, Giesbert fait beaucoup moins d’audience que Drucker, mais ça, le CSA ne le prend pas en compte. Paru dans Libération du 9 décembre 2010
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet


