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mercredi 16 septembre 2009 10:53

  • cinéma

Du macabre, du mièvre et des larmes

Deauville. Le palmarès du festival récompense deux films humanistes.

par Olivier Séguret

tags : documentaire , festival

The Messenger - DR

Envoyé spécial à Deauville

Pour sa clôture, le 35e festival de Deauville a eu un générique prestigieux et lacrymal  : Harrison Ford, auquel un hommage spécial était rendu – debout et en larmes sur la scène de gala, remerciant avec toute l’ingénuité américaine dont le grand acteur est capable « la merveilleuse intelligence du public français, le meilleur du monde »  – a donné une image médiatiquement idéale à ce baisser de rideau. Depuis toujours, Deauville est une machine à fabriquer ce genre d’images, de la même façon qu’est inscrite dans les gènes ambigus du festival cette schizophrénie inoffensive qui le fait osciller du people au pointu, du ­hollywoodien à l’antihollywoodien, du conventionnel au transgressif, du Royal au Normandy et du tapis rouge aux planches. La mécanique est parfaitement huilée et ne risque pas de quitter la route. Même le palmarès de ce Deauville 2009 était prévisible. Il n’en tombe pas moins sous le sens.

En distinguant The Messenger de Oren Moverman (grand prix et prix de la critique) et Sin Nombre de Cary Joji Fukunaga (prix du jury, ex-æquo avec Precious de Lee Daniels, déjà vu à Cannes), les jurés et leur président Jean-Pierre Jeunet n’ont fait qu’entériner l’évidence. Ces deux films font à la fois partie du lot supérieur parmi les objets cinématographiques plutôt valables vus durant la semaine normande, mais ils présentent en plus une sorte de dignité humaniste et de conscience contemporaine qui les rend presque indispensables à la composition d’un palmarès consistant. C’est souvent le cas  : la frivolité généralement associée à la manifestation deauvillaise se voit ainsi régulièrement équilibrée par un palmarès en forme de supplément d’âme, comme un remords, peut-être, mais aussi comme un encouragement.

Sin Nombre - DR

Entre la question de la guerre d’Irak que soulève le premier et celle des gangs et de l’immigration latine que repose le second, c’est bel et bien le visage d’une Amérique cabossée et autocritique que ces prix viennent récompenser. Là encore, au vu de la sélection 2009 et de son orientation pessimiste, voire macabre, il était définitivement impossible d’en extraire un palmarès Bisounours. Ou alors il aurait fallu récompenser les œuvres les plus mièvres de la compétition, comme le bienveillant bonnet de nuit Harrison Montgomery, fable contemporaine signée Daniel Davila où un jeune délinquant apprend, largement à ses dépens, la morale connue de tous les écoliers depuis le Laboureur et ses enfants. A l’autre bout du spectre, Cold Souls se présente comme la métaphore ironique, éventuellement cynique, de cette même société américaine soumise au dieu de l’argent mais troublée par le diable de la morale. Malgré son intrigante généalogie (cette production américaine est le premier film d’une jeune Toulousaine, Sophie Barthes), Cold Souls manque singulièrement d’aspérités, d’une goutte de vitriol ou de cette cruauté minimale nécessaire au propos subversif qu’il voudrait propager.

Malgré le peu de bruit qu’elle suscite, il faut répéter que c’est la sélection documentaire, les Docs de l’Oncle Sam, qui a le mieux tenu ses promesses cette année. Outres les nombreuses pépites déjà chroniquées (When You’re Strange, September Issue, Nightmare in Red, White and Blue…), il faut encore signaler l’épatant Facing Ali de Pete McCormack, qui interroge frontalement la mémoire de tous les adversaires de ring de Mohamed Ali. A ne pas négliger non plus, le film militant Outrage de Kirby Dick, qui remet en débat la question du outing politique tel qu’il se ­pratique aux Etats-Unis lorsqu’est mise sur la place publique l’hypocrisie de ­politiciens gays qui prétendent lutter contre l’homosexualité.

Côté fréquentation, le bilan du festival s’établit autour de 50 000 entrées, en ­augmentation, un peu à l’image de l’industrie du cinéma américain elle-même, d’ailleurs, qui n’a pas connu un été particulièrement radieux en chefs-d’œuvre mais a remarquablement cartonné en termes de box-office…

Paru dans Libération du 15 septembre 2009


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