vendredi 19 septembre 2008 11:37
Du papier au Web, chronique d’une révolution de l’info
« Libération » s’est procuré la synthèse d’un groupe de travail qui a planché sur l’avenir des quotidiens.
La presse vit une mutation sans précédent. Diminution du nombre de lecteurs, baisse des revenus publicitaires, coûts élevés de fabrication et de distribution, tornade numérique… Et se trouve confrontée à des choix difficiles. Quelle place doit-elle donner à Internet ? Jusqu’à quel point doit-elle défendre un espace propre à l’imprimé ? Comment peut-elle évoluer dans les toutes prochaines années ? Un groupe de travail constitué d’universitaires et d’acteurs de la presse, dirigé par le sociologue des médias Jean-Marie Charon, a planché sur une projection de ce que pourrait être l’avenir de la presse écrite française. Libération s’est procuré la synthèse de ce travail prospectif, réalisé pour l’Observatoire des métiers de la presse (Médiafor). Deux scénarios ont été dégagés. Le premier entrevoit une cohabitation entre le papier et le Web, le second la disparition du premier au profit du Net. Le premier scénario repose sur la capacité du média imprimé à se réinventer. Une orientation que vient conforter l’histoire des médias, qui montre qu’un nouveau média ne s’est jamais substitué aux autres. La radio n’a pas remplacé la presse, la télévision n’a pas remplacé la presse et la radio. Logiquement Internet… « Face à l’arrivée de nouveaux médias, la presse écrite s’attend à une redéfinition de son périmètre (en volume de diffusion et nombre de titres) et sans doute à une réduction de celui-ci. La vitalité et la pérennité du support imprimé, auxquelles elle croit, reposent sur le renouvellement de son offre éditoriale et commerciale », explique le rapport. Dans cette optique, le papier doit arriver à imaginer de nouveaux contenus, notamment en complémentarité avec le Web. Peut-être, ce qui est d’ailleurs l’orientation prise par plusieurs journaux, en laissant les nouvelles chaudes au site et en privilégiant dans le print la qualité de l’écriture, l’approfondissement. « L’enjeu pour les quotidiens, c’est d’être le plus tôt possible sur les points de vente ou au domicile des lecteurs, avec le moins de transport possible. Cela suppose une impression décentralisée, organisée en réseau, de bonne qualité. » Le groupe de travail souligne le fait que les entreprises de presse, à la différence de certains opérateurs par exemple, ne disposent pas de cellule de recherche et développement. Or cette période de tâtonnement, qui nécessite d’inventer sur la durée de nouveaux modèles sur le fond et la forme, doit mobiliser un investissement dans ce domaine. Le deuxième scénario, radical, imagine un transfert total des contenus de l’imprimé sur Internet. En clair, la fin du papier, ce qui semble un scénario plausible pour le magnat Rupert Murdoch, qui a pu dire que le modèle économique de la presse traditionnelle n’était plus adapté aux réalités de l’Internet. Ce transfert papier-Web « peut d’autant plus s’envisager en France que le management des principaux groupes et entreprises de presse, comme les salariés, paraissent plus résignés qu’ailleurs au déclin irrémédiable de l’imprimé, comme ils le furent hier face à la télévision ». Ce transfert des moyens et contenus sur Internet ne se ferait pas du jour au lendemain. Il impliquerait des étapes, l’arrêt d’activités dans la fabrication, des réorientations, une rationalisation des coûts… « L’Etat lui-même peut devenir un facteur de radicalisation en incitant les éditeurs à faire un choix entre l’aide à l’abonnement (postal, porté), le soutien coûteux et sous tension du réseau de vente au numéro et l’accompagnement à la réorientation sur le Web. » On pourrait alors voir un segment de presse qui se concentrerait sur le seul abonnement postal ou porté. « La diffusion en kiosques ou magasins de presse deviendrait marginale. » Un scénario évidemment radical est qui n’est que prospectif. L’exergue du rapport, une citation de Timothy Balding, de l’Association mondiale des journaux, laisse à penser que le premier scénario est à privilégier : « Le grand danger est que les patrons de presse négligent leur produit de base, le quotidien… Grâce au numérique, les journaux ont même une opportunité historique de dominer le marché. » (Paru dans Libération le 19 septembre)
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