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mardi 8 septembre 2009 17:45

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Du rififi chez les pirates français

par Camille Gévaudan

tags : politique , droits d’auteur

Affiches du Parti Pirate pour la législative partielle de la 10e circonscription des Yvelines - CC Sanpytt

Depuis les élections européennes de juin, qui ont vu le Piratpartiet suédois remporter 7% des voix et un siège au Parlement, les choses bougent pour plusieurs autres partis pirates européens. En Allemagne, deux parlementaires ont récemment quitté leur formation politique d’origine pour rejoindre le Piratenpartei : le social-démocrate Jörg Tauss au mois de juin, et le co-fondateur du parti Die Grünen, Herbert Rusche, le 24 août. Fort de ces deux nouvelles têtes, le parti pirate compte sur un bon score aux élections fédérales qui auront lieu à la fin du mois. Le parti britannique, officiellement enregistré le 30 juin 2009, a quant à lui annoncé qu’il participerait aux élections législatives de juin 2010.

En France, il y a aussi depuis peu un candidat officiel pour porter les couleurs du parti pirate français à une prochaine élection législative partielle, en la personne de Maxime Rouquet — game designer de métier et 23 ans d’âge. Enfin, quand on dit parti pirate français, il faut comprendre le « Parti Pirate » français et non pas le « Parti Pirate Français ». C’est très différent. Et très compliqué, en réalité. Accrochez-vous, on va tenter de résumer.

Début de l’histoire : 2006. La première association portant le nom de « Parti pirate » (PP) est créée en réaction au projet de loi DADVSI. Un désaccord sur l’inclusion de la promotion du logiciel libre dans le programme a été l’une des causes de sa rapide scission en deux — le Hard reset, comme elle a été appelée dans leur jargon geek. Les séparatistes qui n’approuvaient pas le militantisme libriste et voulaient se concentrer sur « la lutte contre les processus liberticides » ont pris le nom de Parti pirate français canal historique (PPFCH), un nom de domaine en .fr au lieu de .org, et se sont démarqués en appelant au boycott des produits vendus par les majors du disque. Mais c’est le Parti pirate original qui a été reconnu par le Parti pirate international, collectif coordonnant les efforts politiques dans plus de trente pays, et qui a pris de l’importance au fil du temps. En avril 2009, le parti est officiellement enregistré à la préfecture de Police, ce qui lui permet de présenter officiellement des candidats aux élections politiques. Et c’est maintenant chose faite : le 1er septembre, le Parti pirate a annoncé sa participation à l’élection législative partielle de la 10e circonscription des Yvelines, pour occuper le poste laissé vacant par le départ de Christine Boutin.

Entre temps, le Parti pirate français canal historique a renoué le dialogue avec le Parti pirate (tout court) et vidé son site Internet pour en rediriger l’adresse vers celle de leurs ex-confrères. Pendant plusieurs mois, le suspense a été insoutenable : est-ce que ça veut dire ce que ça semble vouloir dire ? Vont-ils fusionner ? Brad va-t-il se remettre avec Sharon ? La réponse est oui, et elle est toute fraîche : c’est hier que le PPFCH a publié son communiqué annonçant officiellement la réunification.

Mais s’il n’y avait que ça, la situation serait trop simple. Un troisième acteur a fait irruption en juin 2009, suite aux débats sur la loi Hadopi et sans doute surmotivé par le triomphe du parti suédois aux européennes. Rémy Cérésiani, étudiant à l’IEP de Paris, a choisi de créer dans son coin une troisième association sous le nom de Parti pirate français (PPF). Il gère d’une main de maître la promotion de son tout nouveau parti, crée un groupe Facebook qui compte aujourd’hui plus de 2500 membres, multiplie les interviews et se retrouve dans Metro, 01net, Rue89, L’Express, Le Nouvel Obs via ZDNet... Joli coup médiatique manquant toutefois un peu d’honnêteté, puisque Cérésiani ne cesse de clamer avoir créé le pendant français du parti pirate suédois (alors que, comme on l’a dit plus haut, le collectif international ne l’a pas reconnu), et va jusqu’à appeler ses deux aînés à soutenir son propre parti : « J’appelle donc à la fusion de ces deux partis pirate à vocation culturelle pour qu’ils puissent soutenir et enrichir les actions politiques du PPF. » C’est ce qu’on appelle du culot.

De son côté, le PPF compte également s’impliquer dans des élections — pas les législatives, mais les régionales de 2010. Il en a profité pour lancer un appel aux adhésions sur son site sans préciser nulle part que cela n’a aucun rapport avec la campagne actuelle du PP. Celui-ci craint qu’il s’agisse d’une manœuvre jouant sur la confusion entre les différents partis pirates (qui ont le même logo) pour profiter de leur succès et récolter le soutien financier d’internautes non avertis. Il (le Parti Pirate (tout court)) a donc publié un avertissement pour rappeler que la campagne des Yvelines ne réclame pas un sou et que le « blogueur » n’a rien à voir avec eux. Ambiance, ambiance.

Malgré ces tensions, la campagne du PP avance et leur cause commence à être clairement diffusée pour la première fois en France. Après la réalisation d’une série d’affiches, ils réagissent à la pique de Mitterrand sur « les absolutistes de l’internet libre » dans une lettre ouverte au Ministre de la Culture : « Nous avons relevé ce terme d’ « absolutisme » avec consternation, tant nous savons où mène ce type de sophisme. (...) Les citoyens s’inquiètent pour l’avenir de leurs libertés civiques, et vous n’avez mieux à leur répondre ? »

Le candidat Maxime Rouquet a précisé au Monde que son parti ne compte pas sur la possibilité d’être réellement élu. Comme ses homologues anglais, il attache plus d’importance à créer une prise de conscience chez les élus politiques et à l’entrée dans le paysage politique des débats concernant « le libre accès à la culture et à l’information, le respect de la vie privée des citoyens et la refonte du code de la propriété intellectuelle ». Le premier tour aura lieu le 20 septembre, soit une semaine après la reprise des discussions parlementaires sur Hadopi.

Sur le même sujet :
- Le Parti Pirate entre au Parlement européen


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