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dimanche 12 avril 2009 08:40

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Dujardin, l’espion qu’on aime aimer

Zoom sur un phénomène très frenchy nommé Jean Dujardin, à quelques jours de la sortie en salle de « OSS 117, Rio ne répond plus ».

par Bruno Icher

tag : interview

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Le scénariste et le réalisateur racontent la genèse et l’évolution du personnage incarné par Dujardin :

La semaine dernière, dans les rues de Beaune, à l’occasion du festival du film policier où OSS 117 faisait sa première apparition publique, les passants ne posaient qu’une question : « On peut voir Jean Dujardin ? », enchaînant par : « Et il est sympa ? » avec l’air de connaître déjà la réponse. A en juger par l’attente suscitée par la seconde aventure du pire agent secret français de l’histoire, aucun comédien français ne soulève aujourd’hui autant d’enthousiasme. Une performance quand on songe qu’il y a dix ans, Jean Dujardin signait pour un sitcom de France 2. Après les 312 épisodes d’Un gars, une fille, le cinéma français en a fait le second rôle le plus demandé de son époque juste avant qu’il ne devienne, avec Brice de Nice (créature inventée par le comédien), l’idole des très jeunes.

Depuis, il tourne beaucoup. Des comédies, des drames et produit même une série pour un vieux copain, Arsène Mosca. Avec OSS 117, Jean Dujardin est devenu une référence, une star, un phénomène de société. Celui par lequel on se moque de nous-mêmes, de nos préjugés, de nos défauts, de nos ignorances. Sans arrière-pensée ni amertume. Dujardin est un acrobate qui ne tombe jamais. Comme le Chaplin des Temps modernes, sur des patins à roulettes et un bandeau sur les yeux, qui fait le zouave au bord du précipice. Peut-être ne sait-il pas exactement ce qu’il fait. Mais par pitié, qu’il continue !

DE DROITE ?

On ne l’a jamais vu dans un meeting et pas davantage en compagnie d’une personnalité politique de premier plan. Jean Dujardin évite soigneusement de se montrer dans un camp, quel qu’il soit. Pour ne pas froisser une partie de son public ? Sans doute. Parce qu’il pense aussi que cela ne regarde personne d’autre que lui. Dans ses fictions, on pourrait imaginer que, suite à un moment d’égarement consécutif à une cuite carabinée entre potes, il a voté Sarko aux deux tours de la présidentielle. On peut tout aussi bien supputer qu’il le regrette à mort. En même temps, qui a envie d’engager le débat politique sur l’avenir du FMI avec Brice de Nice ?

Dujardin dixit : « J’espère qu’on ne me perçoit pas comme un homme de gauche ou de droite. Parce que ce sont de vieux débats auxquels je n’ai jamais eu envie de me mêler. Ensuite, je crois qu’en matière de politique, il en va comme des affaires de religion, cela relève strictement de la sphère privée. »

COMIQUE ?

Simple d’esprit dans Brice de Nice, ex-flic adepte de l’autodéfense dans Contre-enquête, transporteur de fonds dépressif dans le Convoyeur, sans oublier Loulou dans Loulou et Chouchou, autrement dit Un gars, une fille, série vedette de France 2, Dujardin a tout fait (peut tout faire ?). Jusqu’à présent en tout cas. Sa popularité risque-t-elle de souffrir en cas de contre-emploi trop déstabilisant (un rôle de travelo ?).

Dujardin dixit : « D’après ce que les gens me disent quand ils me croisent dans la rue ou à la sortie d’un film, je ressemble toujours à quelqu’un qu’ils connaissent bien. A leur frère, à leur meilleur copain, à leur gendre… Manifestement, j’ai la tête de tout le monde. Je crois que cette proximité, très touchante, date d’Un gars, une fille faisant passer l’idée du type qui vit de l’autre côté du palier. C’est un luxe extraordinaire pour un acteur, cette envie du public de me voir dans des registres aussi différents, mais j’ai toujours voulu que ça se passe comme ça, que les spectateurs aient, d’emblée, envie de croire à mon personnage. »

GAY ?

Les filles sont folles de lui. Les garçons aussi. Jeunes, vieux, hétéros, homos, tout le monde trouve à Jean Dujardin une beauté à la Belmondo, époque d’avant Guignolo bien entendu. A 37 ans bientôt, le beau gosse a le bon goût de ne jamais la jouer le bellâtre ou le playboy inaccessible. Sauf pour déconner.

Dujardin dixit : « Je ne sais pas si j’ai du succès auprès des gays. Mais maintenant que vous le dites, c’est vrai qu’il y a de plus en plus de gars qui disent m’admirer, qui me font des déclarations, même quand il y a leur copine à côté d’eux. Franchement, je ne sais pas si c’est vrai, mais si c’est le cas, c’est probablement grâce à OSS. Il y a quelque chose dans le personnage, ses costumes, les lèvres glossées, les couleurs, qui déclenche ça. D’ailleurs, quand on voit Sean Connery dans « Docteur No », il est incontestablement une icône gay. En tout cas, si c’est vrai, ça veut dire que mon personnage est fédérateur et j’en suis ravi. »

BEAUF ?

La France entière s’est moqué de sa mysoginie, de son homophobie et de sa collection de préjugés de brave beauf dans Un gars une fille. Dans un registre d’intello cynique, il était miraculeusement retombé sur ses pattes dans le pénible 99 Francs en ersatz de Beigbeder. Même dans le très ambigu Contre-enquête de Franck Mancuso, il avait arraché quelques larmes. Avec un sens de l’évitement surprenant, Jean Dujardin échappe à toutes les chapelles.

Dujardin dixit : « Difficile de se prononcer entre "beauf" ou "intello" tant ces deux termes me semblent péjoratifs. J’ai tendance à penser qu’on ne me perçoit ni dans un sens ni dans l’autre. Toutefois, si "beauf" peut vouloir dire "populaire", alors là oui, je veux bien l’être. Quant à intello, je refuse d’assumer l’appellation dans la mesure où je me considère comme un acteur instinctif. »

Sur le même sujet :
- « Le Caire, c’était l’innocence. Rio, c’est le doute »
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