vendredi 5 mars 2010 13:34
Dur accord avec les auteurs
par Erwan Cario
tags : livre , numérisation , Google Books
Tout serait si simple si l’on pouvait croire Google sur parole. Si son slogan «Don’t be evil» (ne pas vendre son âme au diable) était accompagné d’une petite auréole et d’une certitude sans faille sur les motivations humanistes de l’ogre du Web. On pourrait alors hocher docilement la tête en écoutant la plaidoirie faite le 18 février devant le juge fédéral Denny Chin : «les bénéfices de cet accord ne sont limités que par l’imagination et la créativité humaine.» L’accord en question, c’est celui entre Google d’un côté et la guilde des auteurs et l’association des éditeurs (AAP) de l’autre, conclu en octobre 2008 pour sa première version. 125 millions de dollars (92 millions d’euros) et la mise en place d’une plate-forme de vente en ligne pour conclure une bataille judiciaire qui remonte à 2005. Le moteur de recherche avait à l’époque décidé de se lancer dans la numérisation massive de livres pour son projet Google Books. En oubliant de se soucier des droits d’auteur ! Mais cet accord n’est pas, loin de là, du goût de tout le monde, et il a été retoqué une première fois en octobre dernier. Même s’il a été remanié, en prévoyant notamment un fond spécial pour les œuvres orphelines (dont les ayants droit sont inconnus), pas sûr qu’il passe en seconde lecture. Car il y a foule du côté des détracteurs : Microsoft, Amazon, Yahoo, les gouvernements allemand et français, ou encore le Syndicat national de l’édition… Même le ministère de la justice américain, qui considère que l’accord actuel «confère toujours à Google des avantages significatifs et potentiellement anticoncurrentiels» et qu’il revient à «permettre à l’entreprise d’être le seul acteur sur le marché numérique avec les droits de distribution et d’exploitation d’une grande variété de contenus dans de multiples formats». Car, évidemment, en échange de la numérisation des œuvres, Google s’arroge une certaine exclusivité sur la vente et sur la recherche nécessaire pour accéder à tout ce contenu. Il n’y a pas de petite auréole. Paru dans Libération du 4 mars 2010
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