mercredi 7 janvier 2009 14:26
Duras enlisée dans les rizières
Colonies. L’ennui submerge le « Barrage contre le Pacifique » de Rithy Panh.
par Gilles Renault
tag : littérature
DR
Un barrage contre le Pacifique, de Rithy Panh, avec Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel, Astrid Berges-Frisbey... 1h55.
« Ce qui me touche infiniment dans le travail de Margerite Duras, c’est qu’il est à la fois fiction et documentaire... Avec la liberté de la fiction, elle parle de la réalité et lui confère une portée symbolique universelle, accessible à tous... Avec cette adaptation, j’ai voulu tourner un film ouvert, généreux, populaire... » (In dossier de presse). Comme quoi, les bonnes intentions ne suffiront jamais à garantir le résultat. Sans conteste, Rithy Panh a toute légitimité pour aborder le sujet –« Je connais intimement les paysages décrits par Duras, la lutte de sa mère pour récupérer des terres cultivables contre la mer résonne pour tout Cambodgien » Lui qui vit le secteur de manière si épidermique, pour y avoir grandi jusqu’à l’adolescence, perdu tant de proches exterminés et tourné maints documentaires. Mais transposer Duras au cinéma reste une autre paire de manches, comme d’autres avant lui ont pu le vérifier. Un barrage contre le Pacifique a, en outre, déjà fait l’objet d’une première adaptation, en 1959, par René Clément. Celle-ci n’a guère marqué les esprits ; et rien ne dit que la tentative de Rithy Panh connaisse un sort plus favorable. On le sait, Un barrage renvoie à la propre existence de l’auteure, née près de Saigon en 1914. Vers 1930, elle, sa mère et son frère occupent une concession dont les terres sont incultivables. Luttant aussi bien contre l’administration coloniale que contre la nature, la mère oscille entre rouerie et franc-parler, opiniâtreté et immoralité pour appliquer des préceptes parfois à l’emporte-pièce, tel que : « En étant trop honnête, on arrive à rien. » Une nouvelle fois, après Ma mère, Home ou Nue propriété, qui figurent parmi ses rôles récents, Isabelle Huppert joue les chefs de clans névrotique au cœur d’un dispositif déliquescent qu’elle manipule souvent plus qu’elle ne cherche à le modifier. Mais la future présidente de Cannes (où le film, l’an passé, ne fut pas sélectionné) paraît fort seule dans la rizière. Tout en maillot de corps et biceps saillants, Gaspard Ulliel rame, l’autochtone courbe l’échine et l’étude de caractère manque en permanence de souffle. Au point que l’impression d’ennui qui émane du contexte déteint vite sur le film lui-même.
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:


