jeudi 4 juin 2009 15:12
E3, Hollywood cauchemar
Ambiance dans un salon à la gloire du médium qui ne connaît pas le crise, le jeu vidéo.
par Olivier Séguret
tag : E3
Spielberg lors de la présentation Microsoft - CC Major Nelson
L’E3 (Electronic Entertainment Expo), est une machine passionnante, à la fois complexe et brutale, absurde et sophistiquée, riche et écervelée. C’est tout ensemble un salon, une exposition, un festival, un point de ralliement. L’E3 2009 était avant même son ouverture considéré comme l’édition cruciale, celle de la mécanique retrouvée après quelques années de doute et de repli, et celle qui signe aux yeux du monde le triomphe absolu de ce loisir, cette culture, ce médium, cette expression du siècle qu’on appelle improprement le jeu vidéo. Oui, c’est immodeste, mais c’est une caractéristique principale du milieu : l’arrogance, l’éclat ravageur, la force parfois écrasante que ce monde affiche en faisant ruisseler sur Los Angeles une pluie de dollars vertigineuse. Il faut avoir vu le Convention Center, cœur de la manifestation et pandémonium sans égal, ainsi que les quartiers alentour, réquisitionnés par les trois principaux constructeurs et plus grands studios de développement, pour mesurer, dans un profond ahurissement, à quel point la folie du jeu est loin, très loin, de s’épuiser. Les derniers chiffres établis par l’agence américaine NPD ont en effet de quoi rendre le secteur extrêmement confiant dans son avenir. Ce sont désormais plus de 68 % des foyers étasuniens qui déclarent jouer régulièrement sur console ou PC. Quant au chiffre d’affaires mondial de cette industrie, il représente davantage en valeur que celui du cinéma et de la musique réunis ! Le tout dans un contexte économique peu porteur, et malgré un repli conjoncturel des ventes de jeux au mois d’avril. Le triomphalisme est donc de mise et lorsque le salon fermera ses portes ce soir, il aura dessiné, à grands coups de percées technologiques et, surtout, d’un programme de sorties sidérant, un paysage futur encore plus florissant. Mais le plus étonnant, ce n’est pas le vertige des chiffres, c’est ce que l’on capte confusément entre les travées baroques, hurlantes et démesurées du salon. Ça ressemble à quelque chose comme un enfer au goût de paradis, voire un paradis aux couleurs de l’enfer. C’est pourquoi l’E3, qui a connu d’autres ports d’attache, n’est véritablement à sa place qu’à Los Angeles, à l’ombre fléchissante d’Hollywood, dont il n’est après tout qu’un prolongement incontrôlé, une dissidence radicale qui aurait vaincu les vieux dogmes. L’E3, c’est ça : une usine à rêves qui aurait trouvé la formule irrésistible pour nous faire désirer des cauchemars. A suivre sur : http://jeuxvideo.blogs.liberation.fr/e3 Paru dans Libération du 4 juin 2009
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