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jeudi 9 juin 2011 11:49

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E3 : Mano à manettes

par Olivier Séguret

tags : Nintendo , E3 , relief numérique , Sony , Potaburuentateinmento , Wii U

Démonstration de la Wii U, à Los Angeles, mardi. Photo Reuters/Mario Anzuoni

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Le Britannique Peter Molyneux a dévoilé le dernier opus de sa série star «Fable», qui utilise Kinect et sa technologie de reconnaissance des mouvements.

Malgré tout leur pouvoir et toute leur richesse, les trois grands constructeurs de consoles ne peuvent échapper à la fatalité qui les transforme chaque printemps, à l’occasion de l’E3, en véritables marchands de tapis, en bonimenteurs qu’aucun excès verbal n’effraie. Ici, tout est « bombastic » ou « fantastic ». Tout est « huge » et « gorgeous ». Tout est « révolutionnaire » et « inédit ». Du coup, la compétition entre Microsoft, Sony et Nintendo, déplacée sur le terrain de la communication, finit par produire cet effet paradoxal : à force de vouloir se distinguer à grands coups de superlatifs, ils produisent tous la même soupe promotionnelle, trop salée d’adjectifs. Pourtant, si l’on détaille le menu de leurs conférences de presse, on trouve largement matière à définir des identités singulières et de véritables empreintes personnelles. Qu’elles soient stratégiques ou ludiques, elles confèrent à chacun sa propre légitimité. Néanmoins, en ce qui concerne l’édition 2011, c’est sans doute la toujours rebondissante maison Mario qui a le mieux tiré son épingle de ce petit jeu-là.

En révélant le nom et les images de sa nouvelle console de salon, la Wii U (jeu de mots phonétique qui ajoute le « You » au « We », comme l’a expliqué Reggie Fils-Aimé, président de la branche américaine), Nintendo s’est assuré le plus bel effet bouche bée de la semaine. En fait, la console elle-même n’a pas été dévoilée, mais sa manette oui… et le mot « manette » n’en est pas sorti indemne, le terme américain de « controller » paraissant de fait mieux adapté. Au premier coup d’œil, cela ressemble plutôt à une tablette flanquée de touches, de joysticks analogiques et de gâchettes. Un bel écran tactile en constitue le cœur, et son design général rappelle l’univers très balisé de la Wii. Cet objet est à la fois une manette et une console, mais aussi un navigateur, un hub pour réseaux sociaux, une planche à dessins, et sans doute plein d’autres choses encore.

Surtout, elle communique avec l’écran de télé sous diverses formes, pouvant sur le champ s’y substituer lorsque, par exemple, cette télé est regardée par d’autres personnes que le joueur. Les conflits familiaux portant sur l’usage commun d’une télé pourraient devenir de l’histoire ancienne grâce à cette trouvaille : le jeu « glisse » de la télé vers la « manette » en une fraction de seconde, laissant le champ libre au 13 heures de Jean-Pierre Pernaut, par exemple et au hasard.

Disponible pour des « hands-on » (démonstrations) sur les stands de Nintendo à l’intérieur du Salon, la chose fascine et interloque. On se dit qu’Apple a certainement balisé le terrain des ingénieurs de Nintendo en rendant familière la présence des tablettes dans les foyers modernes. Mais on devine aussi que cette bestiole incongrue garde de précieuses munitions sous le coude pour des applications dont on n’a pas encore idée. Il faudra pour cela attendre les jeux qui accompagneront son lancement l’an prochain, terrain sur lequel Nintendo a tiré les leçons des mésaventures de la Wii première formule : le nombre de licences phares, et réputées hardcore gamers, annoncées ici par les éditeurs tiers ne laisse aucun doute sur le positionnement futur de la Wii U. Les titres Assassin’s Creed, Dirt, Tekken, Batman, Darksiders, etc. font déjà partie du train inaugural.

Sur le front du matos, Sony avait aussi quelques cartouches à proposer lors de son grand raout à la Memorial Sports Arena, où fut notamment dévoilée la console portable qui succédera cet automne à la PSP. Son nom de code était « NGP », son nom de baptême sera Vita.

Là encore disponible pour les tests, la petite machine surprend par la qualité et la taille de son écran, par sa prise en main légère et par sa réactivité. Avec son catalogue entièrement dématérialisé, ses deux faces tactiles, sa sensibilité aux mouvements, son design über-Sony et son prix annoncé relativement abordable (250 euros), elle donne une idée des efforts consentis par la compagnie nippone pour contre-attaquer sur le marché du jeu nomade.

Le meilleur avantage compétitif de Sony sur la concurrence étant d’être aussi un constructeur de téléviseurs, la firme a enfoncé le clou de ce qui est devenu son véritable mantra : la 3D, la 3D, la 3D ! Mais avec lunettes… Le coût des moniteurs 3D étant encore prohibitif, Sony a surpris son monde en présentant une télé en relief siglée PlayStation à 500 euros environ (avec manettes classiques, manettes Move, câbles et un jeu PS3). Difficile d’évaluer la valeur ludique d’un tel package, mais on en comprend bien l’orientation tactique. Les extraits d’Uncharted 3 dans sa version relief qui ont été projetés donnent une idée convaincante de l’immersion obtenue. Mais avec un tel titre, de toute façon adulé des gamers, la compagnie jouait sur du velours…

 

Paru dans Libération du 9 juin 2011


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