samedi 3 juin 2006 17:52
Eclaircie sur « Weather Man »
Négligée à sa sortie au cinéma, la comédie neurasthénique du réalisateur de « Pirates des Caraïbes » mériterait un meilleur accueil à l’occasion de son retour en vidéo.
par Alexis Bernier
tag : comédie
The Weather Man, de Gore Verbinski (2005), 1 DVD Paramount Vidéo, 20 euros.
Sacrifié lors de sa sortie en salles (six copies en France en décembre) par un distributeur qui ne voyait tout simplement pas comment vendre cette comédie neurasthénique aux accents houellebecquiens, The Weather Man a heureusement droit à une seconde chance en DVD. L’étrangeté raffinée du film de Gore Verbinski, aussi hilarant que déprimant, ne laisse pourtant pas présager un fracassant succès dans les vidéoclubs, où il risque de se trouver tout aussi perdu entre un blockbuster et le dernier « direct to video » de Wesley Snipes. Parions cependant qu’il trouvera un jour ou l’autre son public, à la manière de The Swimmer, cet autre grand film décalé qui, trente ans après un flop sans appel, fait aujourd’hui les délices de cinéphiles curieux. Par ailleurs, les deux films ont pour point commun d’avoir une star au générique – Burt Lancaster pour The Swimmer, Nicolas Cage dans The Weather Man –, se risquant dans un rôle d’antihéros déphasé à contre-emploi de ses prestations habituelles. Loin de ses personnages les plus musclés, Nicolas Cage est ici le « monsieur météo » déprimé d’une chaîne locale de l’Illinois qui rumine ses échecs (mariage raté, paternité non assumée, carrière en demi-teinte...) en errant mollement dans les rues enneigées de Chicago, un arc et un carcan rempli de flèches à l’épaule. Constamment rabaissé par un père (Michael Caine, glaçant de mépris) qui fut très jeune une star du journalisme, ou par des inconnus jaloux de sa petite notoriété télévisée qui lui balancent à tout coin de rue des milk-shakes au visage, le Weather Man trimballe sa médiocrité de ratage en catastrophe dans une mise en scène au rythme tout aussi apathique que lui. Dans cette bizarrerie, tournée entre deux grosses machines (le Cercle, Pirates des Caraïbes...), Verbinski ne livre pas un de ces prévisibles portraits de losers à qui tout finit par réussir, mais une réflexion désabusée sur la relativité de la réussite, un éloge salvateur de l’inconsistance et de l’inaccompli, qui fait mouche dans une époque s’épuisant à courir derrière la réussite. Difficile de ne pas y voir une tentative de rédemption cinématographique pour un réalisateur qui n’avait connu jusque-là que le succès avec des produits formatés et sans personnalité.
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