Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Le piratage est un danger pour l’avenir de notre civilisation.

Muriel Marland-Militello, députée UMP

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

lundi 25 mai 2009 17:40

  • cinéma

Edition 2009  : le fun au cul

Impressions, observations et conclusions après douze jours de projos.

par Bruno Icher, Christophe Ayad, Gérard Lefort, Guillaume Launay, Olivier Séguret, Philippe Azoury

tag : Cannes 2009

CC Charles Dyer

Au terme de la quinzaine cannoise, des pans entiers de mémoire s’effondrent, des souvenirs surnagent et dérivent, des lignes de force se dessinent et résistent. Bilan de ce séisme esthétique.

Et Dieu dans tout sexe  ?

Un prophète violé par-ci, un Antichrist à caractère pornographique par-là. Un boucher juif orthodoxe hétéro qui plonge dans une impossible passion homosexuelle (Eyes Wide Open). Une cargaison de sévices sexuels exécutés sous le signe de l’autorité protestante d’un père médecin (le Ruban blanc). Ou encore le héros de Mourir comme un homme, qui est aussi une héroïne, travesti portugais catholique et croyant, en proie au doute théologique lorsqu’il s’agit pour lui/elle de changer sa nature d’homme en corps de femme… La sexualité a été, comme souvent, au centre des représentations du cinéma mondial tel qu’on le perçoit à Cannes. La nouveauté, c’est l’assaut des questions religieuses par le sexe. Au péril de Dieu plutôt que l’inverse.

Il y a plusieurs mouvements dans cette recrudescence. Le cinéma étant aussi un laboratoire d’observation de la vérité humaine, il ne peut faire l’économie du cul, puisque la société elle-même lui accorde une place toujours mieux visible. Mais le sexe joue aussi de plus en plus souvent un rôle de levier politique (Nuits d’ivresse printanière de Lou Ye), de révélateur social (I Love You Phillip Morris), quand il ne devient pas une forme de nouveau culte lui-même (le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie). Et toujours, le sexe l’emporte sur tout. C’est comme si, depuis ce jour historique de 1998 où Bill Clinton, présentant ses excuses télévisées au si croyant peuple américain après l’affaire Monica Lewinsky, lui a aussi rappelé que la sexualité était « le plus grand mystère humain », la faille n’avait fait que s’accentuer au cœur de l’édifice des croyances mondiales. Dieu à l’épreuve du sexe, sexe à l’épreuve de Dieu  : si l’on devait juger du match à la seule lumière de Cannes 2009, on ne miserait que tout petit sur le Très-Haut.

Au nom des pères

Juxtaposons deux images, les plus fortes rencontrées off festival  : mercredi 14 mai, très tôt le matin, Alden ­Ehrenreich, sosie juvénile de DiCaprio découvert par Coppola pour Tetro (peut-être la seule grande œuvre du Festival) est sur la terrasse de la Quinzaine. Il parle à une mouette en imitant son cri. Il ne sait pas qu’on est tapi, dans un coin, à l’observer. Médusé. Plus tard, il nous demandera comment s’appelle la mer face à lui. « La Méditerranée. » « Ah… » répond-il comme s’il entendait ce nom pour la première fois de sa vie. Sentiment finalement émouvant d’avoir affaire à un orphelin du monde. Comme si le vrai Alden était une créature née du scénario même de Tetro, avec ses pères introuvables, sa famille monstre. Il est ce qu’il reste quand les pères ont tout dévoré. Il a le vertige du vide.

Samedi 23 mai, Paz de la Huerta, la Bardot des années MDMA, nue sous une tunique blanche D&G, se roule sur le sable mouillé. Elle murmure, dans un anglais sensuellement teinté d’accent d’espagnol, que seul jouer lui donne la possibilité de revivre. « I’m feeling myself an orphan. » Je me sens orpheline. Il n’y a pas plus de distance entre la vraie Paz et Linda, beauté paumée errant de désirs en désirs, qu’elle joue dans le film de Gaspar Noé.

Cannes 2009, chez les filles Axelle ­Ropert et Mia Hansen-Løve, chez le zombie Suleiman, chez le parrain Coppola, partout des portraits de pères, condamnés et secrets. Ne laissant rien derrière eux que la stupéfaction et le gâchis. Feeling d’avoir entraperçu là, allégoriquement, l’état même du cinéma face à un monde qui en 2009 n’a plus grand-chose à lui demander, sinon d’amuser la galerie (ce qu’aura compris le malin Tarantino  : fais-les rire, c’est déjà la moitié du travail) ou, pire, la boucler. Et lequel cinéma depuis se sent orphelin et un rien éperdu.

Si loin si Proche-Orient

Moins ça va, plus il y a à voir. C’est le message paradoxal qu’envoie, cette année, la région la plus instable et violente du monde. De l’Iran à Israël, en passant par la Palestine, l’Orient n’est pas seulement compliqué et explosif, il est riche en talents. C’est de Téhéran que vient la meilleure surprise avec On ne sait rien des chats persans, de Bahman Ghobadi. Ce que montre et démontre le réalisateur kurde – à savoir qu’on peut tourner aujourd’hui en Iran malgré la censure et montrer la jeunesse underground – est aussi inédit que courageux et réjouissant. D’Israël, on savait que son cinéma est aussi vigoureux que sa société en crise  : Jaffa, avec le monde des petites gens, Eyes Wide Open qui explore le tabou de l’homosexualité en milieu ultra-orthodoxe, et Ajami, polar tourné à l’arrache en milieu arabe, le confirment. Enfin, la Palestine s’affirme d’autant plus au cinéma qu’elle reste dans les limbes. Dans The Time that Remains, Elia Suleiman fait montre d’une plénitude inédite. Cherien Dabis (Amreeka) incarne pour sa part une promesse autant qu’une relève.

Crise de rire

Généralement mal coté au guide de la grosse rigolade, le Festival de Cannes a accueilli cette année un lot imposant de comédies. Démonstration une fois encore qu’en période de crise, toute tentative pour échapper au blues envahissant bénéficie d’un accueil volontiers favorable. Le ton était donné dès l’ouverture avec Up, le nouveau Pixar à regarder avec lunettes 3D. Autre signe fort  : chaque sélection avait sacrifié au registre, y compris l’officielle avec Taking Wood­stock d’Ang Lee et Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, bâtis comme des comédies, finaude pour l’un, teigneuse pour l’autre. L’Imaginarium du Docteur Parnassus, de Terry Gilliam (Hors compétition), Jusqu’en enfer, de Sam Raimi (Séances de minuit) et le très subtil Tales from a Golden Age (Un certain regard) des Roumains Höfer, ­Marculescu, Mungiu, Popescu et ­Uricaru, emboîtaient gentiment le pas de la tendance, mais c’est à la Quinzaine des réalisateurs que les meilleures surprises attendaient les amateurs de poilade  : I Love You Phillip Morris avec Jim Carrey et Ewan McGregor très inspirés en homos déchaînés, J’ai tué ma mère, du Québécois Xavier Dolan, Humpday de Lynn Shelton, sans oublier les Beaux Gosses de Riad Sattouf, qui a fait la plus séduisante proposition d’un genre pas simple  : le teenmovie à la française.

Le cinéma téléphoné

A l’instar du téléphone blanc qui fit les riches heures hollywoodiennes de la comédie mondaine, le portable est devenu un accessoire essentiel qui sonne dans pratiquement tous les films, y compris au fin fond de la cambrousse argentine. Ainsi dans Visage, de Tsai Ming-liang, où la tension d’un rapprochement sexuel entre deux acteurs est soulignée par l’insistance d’une sonnerie d’appel. A se demander si bien des scénarios ne s’effondreraient pas sans le secours de ce mis­tigri. On remarque d’autant plus, comme les Herbes folles d’Alain ­Resnais, les films qui militent gentiment pour le téléphone à l’ancienne, avec fil et répondeur-enregistreur à part.

On pourrait aussi imaginer les films sans, dont la promotion serait une publicité du genre  : une histoire forte, des acteurs d’exception et une absence totale de téléphones portables. A Cannes, où, lors des projections, l’injonction d’éteindre son mobile est de rigueur, le cinéma téléphoné induit parfois des effets surréels  : driiing driiing, non ce n’est pas ton portable qui sonne, c’est le film qui t’appelle.

Et sobre, par-dessus le Marché

Dès le début de la quinzaine, c’était le mot fétiche, à la mairie, au Marché du film, dans les grands hôtels  : c’est l’année de la sobriété. Un mélange de réalisme – c’est la crise pour tout le monde – et de communication – ça ferait mauvais genre d’afficher qu’on s’éclate trop fort à Cannes pendant que le reste du pays est plutôt sur un mode morose. Les syndicats (notamment ceux de l’énergie) ont d’ailleurs profité du Festival pour venir souligner le décalage entre la réalité et la Croisette.

Donc, retour aux fondamentaux  : le cinéma en première ligne (après tout on est là pour ça), des films avec du sens, et des relations plus « authentiques ». Un habitué avance qu’il y a « peut-être eu un peu moins de champagne et un peu plus de rosé de Provence, mais la qualité des rencontres a été supérieure ». Un patron de grand hôtel envisage même de réfléchir au concept de « luxe éthique » sur le thème  : « Moins de paillettes, c’est pas forcément plus mal. »

Bon, on n’ira pas jusqu’à prétendre que cet appel à moins d’ostentation a conduit à arroser les fêtes à l’eau minérale et que la montée des marches était griffée Tati. Et la tendance sobriété a semble-t-il échappé à une partie des commerçants  : on a croisé des pizzas à plus de 15 euros qui n’avaient jamais vu une vraie tomate et une carafe d’eau facturée 2 euros qui nous a séchés.

Publié dans Libération du 25/05/09


Il y a 3 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

Cannes 2009 - L’enfance du mal

article précédent
Vintage vs iPhone
article suivant
Trailer est-il ? Dolan’s Cadillac, Dark House, Run ! Bitch Run !...


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Philippe Azoury
  • écrire à Bruno Icher
  • écrire à Olivier Séguret
  • réactions (3)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Chez Google, la vie privée tombe dans le panel
  • « Borgen », la petite série reine
  • Les experts Copenhague
  • [Vidéo] Ecrans.fr : le podcast anonyme
  • Wikileaks : Bradley Manning sera mis en accusation le 23 février

Lib.fr

  • «J’veux m’intégrer», la chanson anti-UMP
  • Affaire Bettencourt : Woerth mis en examen pour recel
  • Le FN accuse Sarkozy de lui chiper l'idée des référendums
  • Les journalistes du Figaro demandent un traitement «honnête» de l'actualité
  • Sarkozy en campagne contre «l'assistanat»
publicité

De saison

img75
L’Elysée à l’abordage du Net

Dans un merveilleux dessin interactif, OWNI liste les principales figures de la conquête de l’Internet par l’Elysée, et schématise leur relations en filant la métaphore de l’île déserte.


Chronophage

Color Pic-a-Pix

Cet excellent jeu ne dépaysera pas les habitués de Picross : les règles sont exactement les mêmes, avec des couleurs en plus.


Hum, bizarre...

img75
Les sosies sont six

Vous ne vous êtes jamais dit que votre voisin de train ou de fil d’attente ressemblait à un personnage de fiction ?


Dixit

« C’est un peu comme si vous rajoutiez des dizaines de bières sur le plateau d’un serveur : au bout d’un moment, il tombe. »


De saison

img75
L’hommage de Google à François Truffaut

François Truffaut aurait eu 80 ans ce 6 février 2012. Google en fait donc son Doodle du jour.


Vendredi, à poils !

img75
Avoir un bon copain...




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008