Elvis a toujours la banane
Le King, qui végétait discrètement dans un hospice au Texas, retrouve toute sa vigueur d’antan dans « Bubba Ho-tep », fable loufoque de Don Coscarelli.
par Alexis Bernier
tags : musique , cinéphilie
DR
Bubba Ho-tep, de Don Coscarelli, avec Bruce Campbell et Ossie Davis. Warner Home Vidéo. 20 €. Edition collector limitée (2 volumes) 50 €. Edition spéciale (2 volumes) 25 €.
Elvis est vivant ! Ok, ça nous le savons tous. Mais, ce que l’on ignorait, c’est que le King, plus tout jeune, termine tristement ses jours dans une maison de retraite du Texas qui empeste le désinfectant et le vieux qui se néglige. C’est le plus idiot de ses sosies qui est mort à sa place en 1977, après avoir échangé leur personnalité pour les vacances. Notre grabataire traînerait toujours son ennui en déambulateur, perclus de douleur et de regrets, si, sorti du fond des âges, une momie en bandelettes moisies coiffée d’un chapeau de cow-boy mité n’avait pas décidé de s’attaquer à son hospice, s’emparant une à une des âmes de ses infortunés coreligionnaires retraités. Aidé d’un compagnon noir convaincu d’être le président John Fitzgerald Kennedy, Elvis va renvoyer aux enfers cette abomination égyptienne avec toute la vigueur de ses soixante-dix printemps. Ce canevas, comment dire... loufoque, aurait pu donner une inoffensive série z dans l’esprit des comédies potache de chez Troma. Au contraire, Don Coscarelli traite cette histoire avec sérieux et tendresse pour en faire une fable (plutôt qu’une farce) mélancolique sur l’Amérique, ses mythes défaits, la vieillesse et la mort. Tournée en 2002 et tardivement distribué en France, après avoir fait les délices d’innombrables festivaliers, Bubba Ho-tep sort aujourd’hui en DVD. Plutôt luxueusement d’ailleurs, puisque le film a droit à trois éditions, dont on recommandera d’emblée la collector deux volumes (l’édition spéciale dotée d’une figurine miniature du King est à réserver aux seuls maniaques de la collection), pour la richesse de ses suppléments, les nombreux making-off et interviews mais aussi l’instructive rencontre avec un fan français de Presley et, Debil Dead, un hilarant court métrage en pâte à modeler dans lequel Ash, le héros d’Evil Dead affronte le Christophe Lambert en kilt d’Highlander. Si cette bidonnante animation compte parmi les suppléments c’est que le cabotin élastique Bruce Campbell, inoubliable dans la trilogie de son camarade Sam Raimi, incarne ici et avec une sobriété inattendue le roi du rock vieillissant. C’est une autre des raisons qui font de l’inclassable Bubba Ho-tep un projet aussi attachant. Outre le mélange de comédie, de fantastique et de réflexion poétique, Bubba Ho-tep a un sympathique côté « revanche des losers ». Après cela Don Coscarelli ne sera plus jamais l’homme d’un seul film (la série b d’horreur Phantasm, célèbre pour ses boules tueuses volantes) et Bruce Campbell, celui d’un seul rôle.
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