jeudi 9 septembre 2010 11:32
Eminem secoue la ruche musicale du web
par Fabien Soyez
tags : musique , téléchargement , droits d’auteur
Eminem au BET awards, en juin dernier à Los Angeles - REUTERS/Mario Anzuoni
C’est une décision qui pourrait secouer le paysage musical sur le Net. Le 3 septembre, la cour d’appel de San Francisco a donné raison au chanteur Eminem, et à sa maison de production FBT Productions, dans le cadre de sa confrontation avec Universal Music. Le rappeur avait porté plainte, sans succès, en 2009, contre sa maison de disque. Il exigeait une meilleure répartition des revenus générés par les ventes en ligne (MP3, sonneries) de ses chansons. Jusqu’ici, en ce qui concerne l’achat de titres sur Internet, Universal Music ne reversait à l’auteur de The Slim Shady LP que 20% des gains, comme s’il s’agissait d’une vente de disque. Selon FTB Productions, la vente en ligne était à distinguer de la vente de disques, puisque créer des fichiers numériques nécessite d’utiliser le master de l’album (l’enregistrement d’origine). Donc, à rapprocher d’une licence master, qui donne droit à l’artiste à 50% des recettes. Une licence d’exploitation couramment utilisée pour les films, séries, bandes-annonces et publicités. Mais jamais encore pour les téléchargements. En allant dans le sens de l’artiste, la cour d’appel fédérale a donc jugé que télécharger des chansons d’Eminem sur iTunes équivalait à acheter une licence master. Et qu’il y avait bien une différence entre l’achat d’un CD, physique, et l’achat d’un fichier numérique, digitalisé. Pour Universal Music, qui a d’ores et déjà réclamé une nouvelle audience, ce jugement ne pourra pas faire jurisprudence. « La décision de la cour ne concerne qu’un contrat d’enregistrement spécifique, toute affirmation contraire est fausse », s’est empressé de lancer Peter Loefrumento, porte-parole de la major. Peut-on imaginer un effet boule de neige, et d’autres artistes dénonçant des contrats similaires avec leur maison de disque ? Pour Punch Andrews, manager du chanteur de rock Bob Seger, « cette décision est stupéfiante et affecte tout le monde. » De nombreux artistes pouvant fort bien imiter « Slim Shady ». L’avocat d’Eminem, Gary Stiffelman, décrit le jugement rendu comme un « tremblement de terre » pour l’industrie musicale : « Le téléchargement, c’est l’avenir, et il y aura des répercutions massives, car cela change les règles du jeu. » Surtout en ce qui concerne les titres enregistrés avant l’ère numérique, où bien souvent les contrats ne mentionnent pas la vente de musique en ligne. Très pédagogue, le Wall Street Journal tient à nuancer l’enthousiasme ambiant. Le monde de la musique risque de rester le même, puisque « les contrats les plus récents ont déjà créé un statut de “téléchargements payants”. » Et en ce qui concerne les anciens contrats d’enregistrement, beaucoup auraient été « révisés pour cadrer avec la question du téléchargement. » Certes, mais pas tous. Oui, on est loin du vrai chambardement. Mais Universal Music (et ses concurrents) ont quand même tout intérêt à revoir leurs copies.
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