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vendredi 16 mai 2008 07:46

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Emotions à fleur de pavé

Christian Nold a proposé aux habitants de l’Est parisien de réaliser une carte émotionnelle de leur quartier, présentée à l’occasion du festival Mal au pixel qui débute ce soir.

par Marie Lechner

tags : art numérique , géolocalisation

Biomapping de l’Est parisien, données transcrites dans Google Earth

Festival Mal au pixel du 16 au 25 mai.

Exposition Sensitive Map de Christian Nold du 17 mai au 28 juin, à la galerie Ars Longa, 67 avenue Parmentier, 75011 Paris.

» sur le même sujet

Mal au pixel fête l’espace public

Le festival parisien, dédié cette année à l’espace public, se déroule du 16 au 25 mai.

Une carte donne des informations sur la ville mais ne raconte pas grand chose sur les gens qui y vivent. Avec Biomapping, l’artiste Christian Nold propose aux citadins (de San Francisco, Stockport, Greenwich...) de projeter leurs émotions sur le plan de leur quartier.

Les 19 et 20 avril, il animait un atelier à Paris à Ars Longa, dans le XIe arrondissement. L’objectif : dresser une carte émotionnelle collaborative de l’Est parisien. Le dispositif imaginé par Nold combine la localisation géographique et la réaction de notre corps à l’environnement. Chaque participant est équipé d’un GPS et d’un capteur fixé sur deux doigts de la main qui enregistre la réponse galvanique de la peau, indicateur utilisé dans les détecteurs de mensonges. Sous l’effet d’un stress ou d’une émotion, l’épiderme sécrète une micro sudation qui va améliorer la conductibilité de la peau.

GPS dans une main, capteur dans l’autre

Ainsi harnachés, les participants se sont dispersés et ont arpenté la ville durant une heure. Nold a récupéré les données des volontaires de retour de promenade et les a retranscrites dans Google Earth, permettant de visualiser chaque itinéraire, alternance chaotique de pics, de creux et de plages plus calmes. Nold invite chacun à faire le récit de son trajet et à l’annoter pour tenter de trouver une explication à ces variations brutales. Certains motifs sont récurrents, comme ces pics quasi systématiques lorsqu’il s’agit de traverser un gros carrefour, ou encore ces vagues régulières qui semblent caractériser l’état du promeneur absorbé dans ses réflexions, insensible à ce qui se passe autour de lui. Ce samedi-là, certains s’étaient promenés du côté de République lors de la manifestation prochinois, se frayant un chemin au milieu des slogans, klaxons et banderoles, un stress traduit dans les successions de pics sur la carte.

« J’ai choisi des cartes parce qu’elles parlent un langage qui nous est familier, comme d’autres visualisations scientifiques telle le cardiogramme. Quand les médecins regardent un cardiogramme, ils cherchent des pathologies, repèrent ce qui ne va pas. L’idée de Biomapping, c’est un cardiogramme transposé sur le paysage. » Biomapping est une sorte de psychogéographie appliquée, telle que la définit l’Internationale situationniste en 1958 : « étude des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus. »

Depuis cette époque, la ville a beaucoup changé, les technologies sécuritaires sont devenues omniprésentes : « L’individu est constamment surveillé, via les caméras ou la biométrie, manière d’essayer de faire dire des choses à notre corps en mesurant le stress de la voix, la manière de marcher etc. Plutôt que de subir ces technologies, j’invite les participants à se familiariser avec, à s’approprier leurs données corporelles intimes, à les partager avec d’autres, et à les interpréter eux-mêmes », dit Nold qui souhaite ainsi responsabiliser les citadins.

Annotation de la carte et discussion lors de l’atelier à Ars Longa

A l’équipe de la Fing (Fondation internet nouvelle génération) qui l’interrogeait sur l’invasion des capteurs dans la ville, Nold conseille la vigilance. « Les meilleurs scénarios d’utilisation de ces capteurs ne sont pas créés par des artistes mais par l’armée américaine, par exemple les "smart dust" [dispositifs électroniques traçables petits comme des grains de poussière, ndlr]. C’est un fantasme dont rêvent tous les aménageurs de territoire, pouvoir tout voir, tout contrôler, le parfait panoptique. [...] Il va falloir se poser la question de comment nous divulguons nos données personnelles. Aujourd’hui les gens n’en voient pas vraiment les potentialités. »

Les différentes données recueillies lors de l’atelier seront agglomérées dans une carte collective, donnant une image sensible de la ville par les gens qui y habitent, présentée à Ars Longa à partir du 17 mai. Elle sera éditée à l’occasion du festival Mal au pixel consacré aux cultures électroniques do it yourself.


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