vendredi 5 décembre 2008 11:16
En Europe, l’exception sarko-berlusconienne
La désignation des patrons de chaînes publiques se fait, en général, indépendamment de l’exécutif.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
« Une pratique qui rappelle celles qui prévalaient dans les anciennes "démocraties populaires" d’Europe de l’Est. » Le propos, au sujet du nouveau mode de nomination du président de France Télévisions, n’a pas été tenu au détour d’un débat enfiévré à l’Assemblée nationale. Ainsi s’exprimait, dans une tribune parue dans le Monde, David Levy, ex-membre de la commission Copé et ancien dirigeant de la BBC. Et de fait, jamais, ou presque, on a vu, en Europe, un chef d’Etat nommer le patron de la télé publique. La BBC justement. On y est très chatouilleux avec l’indépendance à l’égard du pouvoir politiquepolitique. C’est le BBC Trust, une structure elle-même indépendante de la direction opérationnelle du groupe public britannique, qui nomme son patron. Le BBC Trust est composé de douze membres, dont la première mission est justement que la télé publique publique « reste indépendante, qu’elle résiste à toute pression et influence d’où qu’elles viennent ». Le tout est régi par une charte royale qui insiste sur la nécessaire « indépendance éditoriale » de la BBC. En Allemagne, le directeur de la ZDF est élu par le Fernsehrat, une commission composée de 77 personnes issues de la société (représentants des Länder, des partis politiques, des syndicats, etc.) et on a, là aussi, l’indépendance solidement chevillée. A l’ARD, le réseau public de chaînes régionales, ce sont ses propres membres qui en désignent l’« intendant ». L’actuel patron est en poste depuis 2002, malgré le changement politique intervenu depuis. L’Espagne a, quant à elle, choisi de faire désigner le président de l’audiovisuel public par le Parlement. L’Italie, c’est l’exception. Longtemps, les directions des chaînes ont été partagées entre les partis politiques, donnant à chacune sa couleur éditoriale. Mais avec un président du Conseil détenant lui-même trois télés, le système est désormais totalement vissé. En 2007, on apprenait ainsi que les proches de Silvio Berlusconi nommés à la RAI s’entendaient avec les dirigeants de Mediaset pour harmoniser leurs programmes.
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