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lundi 8 juin 2009 16:56

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En allemand, Big Brother se prononce Deutsche Telekom

Plusieurs sociétés d’outre-Rhin espionnent salariés et candidats à l’embauche.

par Nathalie Versieux

tags : vie privée , économie , Allemagne

CC kin lush

BERLIN, de notre correspondante

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Espionnage, mode d’emploi

A moins d’avoir l’accord des salariés, aucune entreprise ne peut espionner son personnel en Allemagne. Du moins en théorie...

Maja ne décolère pas. Cette responsable d’une entreprise croate de télécommunications avait été pressentie pour diriger la filiale de Deutsche Telekom en Croatie. Elle a été espionnée jusque dans son lit par la cellule sécurité de l’entreprise en 2004

Deutsche Telekom, dont le nom est venu s’ajouter à la longue liste de ces entreprises allemandes qui font espionner leurs salariés, risque à son tour un procès. Car plus encore que pour la Deutsche Bahn, la Deutsche Bank ou Lidl, le cas de Deutsche Telekom en Croatie est édifiant. « Maja a la réputation d’être une partenaire sexuelle très expérimentée et inventive », qui « préfère les hommes plus âgés ». Elle est « connue dans son entourage comme étant une bête sauvage à l’appétit sexuel hors du commun ». Tout cela figure notamment dans le rapport des « enquêteurs » croates au sujet de la responsable. La cellule de sécurité à l’origine de ce rapport n’a pas non plus hésité à espionner la sœur de la candidate. La cellule a été dissoute en 2007. « Il est clair que dans ces pays, on doit savoir à qui on a affaire », se défend, sous couvert d’anonymat, un ancien conseiller du groupe pour les questions de sécurité à l’étranger…

Cas isolé  ? Pas du tout. « L’espionnage des candidats à un poste de cadre supérieur par des cabinets de détectives spécialisés est très répandu, estime Peter Wedde, professeur à l’université de Francfort. Pour ce type de postes, les entreprises ne veulent prendre aucun risque et sont prêtes à payer des cabinets spécialisés plus de 300 euros de l’heure en honoraires. » Lorsqu’il s’agit de caissières, ou de salariés faiblement payés, les entreprises dépensent bien sûr moins pour collecter les informations qui les intéressent. « Aux Etats-Unis, on se contente d’une analyse d’urine pour vérifier si le candidat est drogué ou alcoolique, précise Wedde. En Allemagne, les contrats de travail d’une chaîne de distribution spécialisée dans le bricolage stipulaient jusqu’à récemment que les salariés étaient d’accord pour que leur médecin de famille puisse être contacté par l’entreprise… »

Il y a deux mois, la cliente d’une station de nettoyage de voitures de Bochum (dans l’ouest du pays) découvrait dans une poubelle des fichiers contenant des informations confidentielles sur les salariés du discounter Lidl. Noms, adresses, dates de naissance figuraient dans les dossiers, accompagnés de mentions sur l’état de santé des salariés, leurs problèmes conjugaux et même le recours à l’insémination artificielle. Les informations étaient, selon der Spiegel, obtenues directement des salariés sous la pression. Cette nouvelle affaire tombe mal. Elle vient après les promesses de Lidl de ne plus se livrer à l’espionnage de ses salariés. Le discounter avait même dû s’excuser auprès de ses employés pour avoir systématiquement recouru à l’usage de caméras cachées afin de surveiller les caissières soupçonnées de vol.

Depuis des mois, les affaires d’espionnage de salariés défraient la chronique outre-Rhin. En toute illégalité, de grands groupes ont recours aux services de sociétés spécialisées, lesquelles embauchent en général d’anciens membres de la police, de l’armée, voire de la Stasi, la police politique de l’ex-RDA. Deutsche Telekom a ainsi fait espionner par écoutes téléphoniques les membres de son conseil de surveillance. La justice mène par ailleurs une enquête sur l’espionnage de comptes en banque de salariés par Deutsche Telekom. La Deutsche Bahn a surveillé pendant des années la quasi-totalité de ses salariés pour traquer d’éventuels actes de corruption. Des directeurs de la Deutsche Bank ont été espionnés, et le discounter textile Kik a collecté des informations sur la santé financière de ses caissières pour savoir quelles employées pourraient être tentées de voler…

Deux salariés sur cinq estiment être surveillés par leur patron sur leur lieu de travail. Du contrôle de l’usage du téléphone ou d’Internet à l’espionnage de la vie privée, tout semble possible. « Les cas qui sont sortis au grand jour concernent de grands groupes, où syndicats et comités d’entreprise sont actifs, constate Peter Wedde. Ils intéressent l’opinion qui réagit de façon bien plus sensible que ce ne serait sans doute le cas en Grande-Bretagne où ce genre d’affaires n’intéresserait personne. » Mais c’est sans doute la partie émergée de l’iceberg. Personne ne sait ce qui se passe dans les PME. Et rares sont ceux qui savent encore ce qui est légal ou pas… Lidl a été condamné à une amende. Non pas pour avoir utilisé des caméras pour surveiller le personnel à son insu. Mais parce que l’entreprise n’avait pas de contrôleur interne de l’usage des données… L’espionnage des salariés a déjà coûté son poste au patron de la Deutsche Bahn. Et la Deutsche Bank vient de licencier son responsable de la sécurité.


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