En avoir ou pas
Chaque samedi, la techno-chronique de Pierre Marcelle.
par Pierre Marcelle
Soit, d’une part, ce « fait divers » mettant en scène, l’autre semaine, une adolescente fugueuse de 14 ans s’étant sur Internet découvert un galant de trente ans son aîné, avec lequel semble établi qu’elle eut de son plein gré des relations sexuelles. Las ! Coupable en 2005 de semblables procédés de séduction, l’homme se trouvait sous contrôle judiciaire et interdit de connexion sur Internet. En théorie, la circonstance aggravante d’« usage de moyens de communication électroniques » l’expose à dix années de placard. Soit, d’autre part, l’affaire dite des « neuf de Tarnac ». Des jeunes gens de la communauté corrézienne dont la ministre Alliot-Marie s’affirme déterminée à enfumer l’opinion en les préjugeant coupables de tous les accidents de caténaires de la SNCF, les limiers de la sécurité intérieure ont relevé avec gourmandise qu’ils ne possédaient pas de téléphone portable. (1) D’où il appert que chez ces présumés « terroristes » de « l’ultragauche », c’est l’absence d’inscription à un réseau téléphonique mobile qui vaudrait circonstance aggravante. Le paradoxe, ici, n’est évidemment qu’apparent, tant les arguments, en ces matières, se découvrent réversibles : un « prédateur sexuel » qui ne s’exposerait pas à se faire filer numériquement, c’est sa capacité à échapper au gendarme qui lui serait comptée à charge ; tout de même qu’un « terroriste » présumé le serait d’autant plus en se révélant susceptible de bricoler son portable en détonateur... Dans la mise en place de l’universel flicage, quand l’Etat décrète : « Face, je gagne ; pile, tu perds », le citoyen obtempère. Jusqu’à confusion des chefs d’accusation de pédophilie et de terrorisme, l’arbitraire policier tiendra lieu de jurisprudence. (1) Ces gros malins ont-ils –ou non– pris en compte l’accessibilité aux réseaux de communication mobile, du côté du plateau de Millevache ? Va savoir... Paru dans Libération du 6 décembre 2008
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