En plein divorce avec Google, Apple met YouTube dehors
par Sophian Fanen
tags : Apple , Google , YouTube
Extrait de la première publicité pour l’iPhone, en 2007.
La « guerre thermonucléaire » annoncée par Steve Jobs entre l’iOS d’Apple et l’Android de Google se transforme peu à peu en réalité. Hier, Apple a fait un nouveau pas en publiant la quatrième version bêta d’iOS6, qui doit être mis à la disposition du public en octobre et qui — pour la première fois depuis le lancement du premier iPhone en 2007 — n’intégrera pas l’application YouTube parmi les programmes proposés par défaut (iTunes, la calculette, le dictaphone et compagnie). La licence qui liait les deux entreprises sur le lecteur de vidéos en ligne « est arrivée à son terme », a détaillé Apple dans un communiqué, ajoutant que « les clients peuvent [toujours] utiliser YouTube dans le navigateur Safari et [que] Google travaille sur une nouvelle application YouTube qui sera disponible sur l’App Store ». C’est donc la fin d’une époque, celle où Google et Apple avaient lié leur destin et avançaient en défendant des produits complémentaires. « Vous ne pouvez pas penser à l’Internet sans penser à Google », avait ainsi déclaré Steve Jobs lors du lancement de l’iPhone, équipé de l’application YouTube mais aussi de Google comme moteur de recherche par défaut. Même enthousiasme serein du côté d’Eric Schmidt, qui siégeait à l’époque au conseil d’administration d’Apple : « Si on finit par fusionner les deux sociétés, on pourrait s’appeler AppleGoo », s’était-il amusé.
Une publicité pour le premier iPhone en 2007. Puis les choses ont changé à partir de 2010, quand Google s’est lancé sur le marché des smartphones avec son système d’exploitation Android, aujourd’hui de loin le premier OS mobile utilisé dans le monde, avec 59% des parts de marché au premier trimestre 2012 et un taux de progression qui ne faiblit pas. En mai, Google a également achevé d’avaler le fabricant de smartphones américain Motorola. Un pas supplémentaire dans le secteur du hardware, après la famille Nexus. C’est cette agressivité de la part de Google qu’avait taclé Steve Jobs avant sa mort, estimant qu’Android est « un produit volé » qu’il faut contrer à tout prix. « Je veux que vous cessiez d’utiliser nos idées dans Android, c’est tout ce que je veux », avait exigé Steve Jobs face à Google. Quelque temps plus tôt, Apple marchait à son tour sur les plates-bandes de Google en lançant iAd, son système de placement de publicité inspiré d’AdMob. Au mois de mars, Apple avait finalement commencé à détacher ses logiciels des omniprésents produits de Mountain View en abandonnant Google Maps, crucial pour tout ce qui est géolocalisation, au profit d’un système maison associé à l’assistant Siri, qui mêle notamment les informations et technologies d’OpenStreet Map, TomTom et Waze. La nouvelle version de Plans, l’application de cartographie, expurgée de tout produit Google, débarquera également dans iOS 6. La deuxième étape du divorce entre Apple et Google est donc l’abandon de l’application YouTube, ce qui a comme principale conséquence de rendre la fameuse « expérience utilisateur » moins confortable. « C’est un risque pour l’approche mobile et la stratégie globale de Google, car ses services ne vont plus être aussi faciles à trouver, et ils doivent l’être », a commenté pour l’agence Reuters l’analyste Ronald Josey, de ThinkEquity. Mais c’est aussi une chance pour la firme de Mountain View, car l’application YouTube était entièrement gérée par Apple sur des standards de Google. C’est Apple qui en contrôlait la mise à jour et les évolutions... qui pour ainsi dire n’ont jamais eu lieu, l’app ayant fait du surplace depuis la première version d’iOS. Google va donc désormais avoir les mains libres pour rénover l’accès mobile à sa plateforme star de streaming vidéo, rendre disponible tout son catalogue (ce qui n’était jusqu’ici pas le cas dans l’application iOS) et y coller les publicités auxquelles les internautes On peut enfin s’attendre à ce que la faille grandissante qui éloigne Apple et Google s’agrandisse encore dans les mois à venir, quand la marque à la pomme pourra se débarrasser du dernier contrat qui les lie : le moteur de recherche Google intégré par défaut à iOS. Apple pourrait alors choisir Bing, le moteur de Microsoft qui progresse régulièrement dans sa version online — mais cette possibilité est évoquée depuis 2010. Autre solution : tout miser sur Siri, l’assistant qui se commande à la voix, racheté en 2010. IOS6 doit également en proposer une version améliorée, car Siri n’approche pas à ce jour l’efficacité d’un moteur de recherche classique, et surtout va chercher, dans 60% des cas, ses réponses sur Google, selon une étude basée sur 1800 questions (en anglais), publiée en juin.se sont ne se sont pas habitués en ligne. L’utilisateur d’iOS est donc au final le perdant de l’affaire. Quant à l’omnipotence de YouTube, elle ne devrait pas souffrir de cette petite révolution sur les appareils d’Apple.
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