mercredi 18 octobre 2006 15:01
En plein vent
par Bruno Icher
tag : vidéo
Mais sans doute s’agit-il d’un fake... - DR
Les sites de vidéo collaboratifs, parmi lesquels les ténors YouTube, GoogleVideo et DailyMotion, sont des phénomènes de société. Ce sont surtout les observatoires les plus pointus de toute l’oisiveté du monde et de l’énergie déployée par chacun face à son propre ennemi intérieur : l’ennui.
Tôt ou tard, une question en forme d’alternative vient chatouiller les méninges quand on se balade sur les principaux sites réservoirs de vidéos. Qu’est-ce qui est le plus effarant : se filmer en train de péter ou balancer ses films flatulents au nez de millions d’internautes ? Car, c’est une réalité, on pète énormément sur le Net, renouant très involontairement avec un riche passé culturel, notamment dans les salons littéraires du XVIIIe siècle. Il faut imaginer la scène : une brochette d’aristocrates emperruqués cernant quelques savants, philosophes, poètes, gens de lettres triés sur le volet, le tout arrimé à un buffet bourré de sucreries. Quand on avait épuisé les arguments en faveur du dernier pamphlet de Voltaire ou les critiques sur le nouvel article de Diderot, on se laissait aller, digestion aidant, à disserter sur l’art du pet, démonstrations à l’appui. Un ouvrage qui vient d’être réédité chez Payot (et non pas Fayot comme le précise Antoine de Baecque, rédacteur en chef culture à Libé et maître d’œuvre de cette nouvelle édition), « l’Art de péter », écrit en 1751 par Pierre Thomas Nicolas Hurtaut, décrit les bienfaits du pet en société avec cette exergue : « Pisser sans péter, c’est comme aller à Dieppe sans voir la mer ». Plus tard, comme toutes les sciences humaines chères au Siècle des Lumières, cet art subtil se démocratisa jusqu’à devenir un pilier du music-hall de la Belle époque. En témoigne l’immense succès remporté par le plus célèbre de tous les pétomanes, l’illustre Joseph Pujol, le seul artiste qui ne paie pas de droits d’auteur, comme le proclamait le directeur du Moulin Rouge où il fit un triomphe. Pour donner une idée de son répertoire, le bonhomme tenait une heure en scène avec un numéro durant lequel il interprétait « le Bon Roi Dagobert » ou « Au clair de la lune », soufflait une bougie à trente centimètres et imitait à la perfection divers instruments de musique, et pas seulement à vent. Comme en hommage à cette grande époque, une candidate d’American Idol, programme télé adapté en France sous le titre Nouvelle Star, a démontré que la pétomanie avait encore largement sa place dans le show business. Pour le reste, ce n’est plus la flamboyance de jadis et les tentatives de réhabilitation restent modestes. Citons tout de même ce petit montage de Matrix
plein d’à propos ou encore cette performance de Robert Tilton, célèbre prédicateur de la télé américaine, dont le sermon est rythmé par une bande sonore sans ambiguité. Néanmoins, si l’on ose dire, la pétomanie dans la sphère privée et reste une valeur sûre du rire. Par d’innombrables exemples, cet étonnant jeune homme qui prétend avoir lâché le plus gros pet du monde. A vérifier. Mais le grand classique de la catégorie reste la mise à feu des gaz à leur source. Ce qui, jadis, tenait lieu de légende (sauf pour une poignée de courageux scientifiques) est désormais devenu un classique de la convivialité. Le panorama est très vaste, depuis le genre feu follet, furtif et évanescent, jusqu’au style lance flammes, franc et massif. A noter, mais sans doute s’agit-il d’un fake, cette vidéo impressionnante dans laquelle un jeune homme allume une bougie à bonne distance en présentant la flamme d’un briquet devant son anus. Il est grand temps d’apporter à ce passionnant débat une note scientifique. Dans tous ces films, la jolie teinte bleutée de la flamme indique sans erreur possible une forte teneur en méthane (pas très bon pour l’effet de serre, ça) dans ce gaz que l’être humain produit en moyenne à raison d’un demi-litre à un litre et demi par jour. Inutile d’en rajouter pour comprendre à quel point il est difficile de tout garder pour soi. Pour conclure, rappelons cette anecdote à propos de la princesse Margaret qui, dans les années 50, vécut une torride et tumultueuse romance avec Peter Townsend, pilote de chasse et héros de la Guerre, mais roturier et divorcé. Quand elle mit un terme à cette idylle qui divisa l’Angleterre, France Soir publia cette manchette restée célèbre : « MARGARET RENONCE À PETER ». Un parti pris courageux.
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