samedi 29 novembre 2008 09:09
En stock
Chaque samedi, la techno-chronique de Pierre Marcelle.
par Pierre Marcelle
Soit le « mobile », adjectif désormais bien substantivé et devenu fin en soi depuis que le téléphone qu’il qualifie ne le précède plus. Dans la foultitude de ses « menus déroulants » (Ah ! les « menus déroulants »...), au chapitre « messages », sous-chapitre « messages enregistrés », la troublante et amusante découverte, l’autre jour, d’un sous-sous-chapitre intitulé « modèles ». Quoi, là-dedans ? Des trucs d’homme pressé, des machins d’executive woman, tout un monde de réunionite aiguë, de « ch’peux pas te parler, là » et de mélange des genres. On y trouve pêle-mêle une dizaine de SMS pré-rédigés qu’on enverrait à la hâte, de sous la table ou d’une bouche de métro, afin de prévenir son interlocuteur qu’on sera « en retard », qu’on « arrivera à... », ou que « la réunion est annulée ». (Annulation qui, soit dit en passant, devrait laisser un peu de temps pour la signifier en termes plus courtois). Mais le plus déroutant du déroulant réside dans d’autres standards tout prêts à l’emploi, et bien propres à persuader qui les utilise de l’importance de son temps –id est, de son argent. En cette formidable confusion des agendas du labeur et de la vie privée, et en un seul OK, on souhaite –on ne sait pas quand, on sait à peine à qui– un « Bon anniversaire » qui s’affiche programmé avec un nom et une date. Et surtout, surtout, au titre de ces privautés, il y a cet extraordinairement chabrolien « Moi aussi, je t’aime », où l’échange amoureux se découvre réductible à une tâche bureaucratique qu’il importe d’expédier vite fait, entre le planning des vacances et le contrat De Mesmaeker. « Moi aussi, je t’aime », c’est la version numérique d’un « travailler plus » qui salope le travail aussi bien qu’il constitue la négation de l’amour, sitôt qu’inféodé à un principe de productivité. C’est le désir à la commande, la déclaration mécanique comme un 5 à 7 obligatoire... On conçoit que la comtesse, recevant ça sur son portable, décide de ne pas sortir. Paru dans Libération du 29 novembre 2008
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet


