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dimanche 20 novembre 2011 17:10

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Encyclopédie uniwebsalis

par Erwan Cario

tags : livre , mème , culture Internet

Problem ?

Les six premières entrées de l’Encyclopédie de la Web Culture permettent de saisir l’éventail très large des sujets abordés. La sous-culture décalée avec « Animaux » (dont les célèbres lolcats), les sujets de société avec « Anonymat », l’activisme hacker avec « Anonymous », les grands noms avec « Apple », l’art numérique dans son plus simple appareil avec « ASCII art » et les modes de communication avec « ASV » (Age/Sexe/Ville).

C’est donc une photographie panoramique du Web actuel que proposent les deux auteures, Titiou Lecoq et Diane Lisarelli, toutes deux journalistes web et biberonnées à l’hypertexte.

« Jusqu’ici, parmi les livres sur le sujet, on ne trouvait que des manuels techniques, des essais sociologiques et des analyses hypersérieuses sur les usages, constate Titiou Lecoq. On voulait faire autre chose, un ouvrage qui permet de marier des angles sérieux et politiques — comme la neutralité du Net, WikiLeaks ou la géolocalisation — et des trucs marrants, parce que l’humour est un pilier de la culture web. » Et on sourit beaucoup, que ce soit en tombant sur l’entrée « Frédéric Lefebvre » (« considéré comme une intarissable source de rigolade ») ou en révisant ses « Rage comics », ces visages gribouillés (photo) reflétant toutes les humeurs imaginables.

 

 

La force de cet ouvrage est d’aller suffisamment loin dans les sous-sols du Web pour vraiment faire le tour du sujet. On croise ainsi « tl ;dr » (« Too long ; didn’t read », commentaire lapidaire suite à un long texte), ou encore le « leet speak » (ou 1337 5p34k, argot écrit des informaticiens élitistes). Le texte propose des clés de lecture originales, même sur les sujets les plus légers, comme le rapprochement avec l’Internationale situationniste pour évoquer les mèmes : « Le réemploi d’éléments artistiques préexistants dans une nouvelle unité. »

Un mélange des genres représentatif du Web, qui passionne les deux journalistes. « Le déclic, c’était la mobilisation des Anonymous contre la scientologie, se souvient Diane Lisarelli. Une vraie cause portée par des manifestations masquées avec Rick Astley à fond. On était en pleine cosmétique de l’absurde. » L’Encyclopédie de la webculture est un ouvrage indispensable pour comprendre le Web tel qu’il s’est construit lors de la dernière décennie. Mais pour celle à venir, y aura-t-il encore autant de choses à raconter ? Titiou Lecoq en doute : « Depuis plusieurs mois, j’ai l’impression que la créativité a presque disparu du Net. 2010 a été l’année où la culture web est devenue mainstream, où elle a commencé à être reprise à la télé, où j’ai découvert un mème, non pas sur Reddit ou 4chan, mais en passant par la page d’accueil de Yahoo ! Internet peut-il survivre à ça ? »

 

Encyclopédie de la webculture, de Titiou Lecoq et Diane Lisarelli
Ed. Robert Laffont, 264 pp., 23 €.

 

Paru dans Libération du 19 novembre 2011


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